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Cheikh Abderahman El Mejdoub

Cheikh Abderahman El Mejdoub

Cheikh Abderrahmane Al Majdoub (parfois transcrit Mejdoub), est un  poète soufi marocain  né dans un faubourg d’El Jadida, il  a vécu entre Fès et Meknès, à l'époque du Roi de France Louis XIV, et s'est montré fin observateur de la société de son  époque.   Il meurt en 1565. à Meknès.


Biographie

Ce poète anarchiste  d’une brûlante actualité a laissé derrière lui des dictons en quatre vers, qui sont une référence à ce jour, en ce qui concerne le mode de vie et les traditions du Maghreb. Ce grand révolutionnaire qui attisait les foudres des puissants de l’époque sont légion et son franc-parler lui a même valu l'exil.

Traduit dans plusieurs langues, sa poésie a fait le tour du monde. Parmi ses disciples figure l'érudit  Moulay Abou El Mahassine Youssef El Fassi qui a fondé la Zaouya de Hay Al Makhfia et la Zawiya de Hay Al Ouyoune à Tétouan.

Si Majdoub est né à Tit, sur la bordure du Maroc Atlantique, entre El Jadida et Azemmour, si la langue où ont été conçus ses quatrains a été influencée par le dialecte arabe algérien, s'il a passé une partie de sa vie en Tunisie et en Algérie, nous voyons largement qu'un souffle commun a traversé le Maghreb, que ce sont les réalités maghrébines dans leur ensemble qui sont concernées, passées au filtre d'un esprit et d'une psychologie exceptionnels et transmis. L'œuvre de Mejdoub a nourri les langues populaires maghrébines d'un certain nombre de proverbes, de tournures, de mots et de formes.

Tayeb Saddiki,  homme de théâtre marocain qui a dotè le Maroc de son premier théâtre privé a redonné une dimension d'actualité à ce poète maghrébin dont l'œuvre est sauvée grâce à quelques recueils et monographies qui étaient pourtant tombés en désuétude. 

Un ouvrage intitulé  «Klame El Ghiwane», reprend ses meilleurs poèmes, un film narre le parcours de le troubadour qu'il fut. Il a fait l'objet de nombreuse études, thèses universitaires dans les plus grands instituts de recherche internationaux. Cinq siècles après la mort de ce conteur et troubadour infatigable, il fascine toujours autant par sa personnalité que par sa poésie. Personnage inconoclaste, Majdoub  continue, malgré le temps, à marquer la vie quotidienne des peuples du Maghreb.  A chaque fois que les choses vont mal, que la crise des valeurs pointe à l’horizon ou que les Marocains ne voient plus le bout du tunnel, on ne cesse de l'évoquer.  C’est que le personnage a des réponses.


 Léon l'Africain ou El Hassan Ben Mohammed El Wazzân Ez-Zayyâti auteur de la fameuse « Description de l'Afrique » dans laquelle il a décrit, principalement, le Maghreb de son époque (16ème siècle), époque aussi, rappelons-le, de Sidi Lakhdar Benkhlouf, de Sidi Abderahman El Mejdoub, et de Abdelaziz El Maghraoui, nous a laissé des témoignages intéressant sur la place de la poésie populaire dans la vie des citadins et des bédouins qu'il a côtoyé.

Voici ce qu'il en dit dans le chapitre intitulé « Façon de vivre et coutumes des Arabes qui habitent l'Afrique » :

Il ne faut pas omettre de mentionner que la majeure partie des Arabes de Numidie possède de nombreux poètes qui composent de longs poèmes où ils parlent de leurs guerres, de leurs chasses et aussi de choses d'amour avec une grande élégance et une grande douceur. Leurs vers sont rimés, comme les vers populaires en Italie  [2]

Plus loin, et toujours à propos des Arabes bédouins :

« Ils aiment la poésie et récitent, dans leur arabe dialectal, des vers très élégants, encore que cette langue soit aujourd'hui corrompue. Un poète de quelque renom est fort prisé des seigneurs qui lui donnent d'importantes gratifications. Je ne saurais vous exprimer quelle pureté et quelle grâce ils mettent dans leurs vers » [3]

Notons ici l'admiration de Léon l'Africain pour le talent des poètes de melhoun et des poètes bédouins en particulier, ainsi que la place importance qu'il assigne à la poésie et aux poètes dans la société. Parlant ailleurs de la ville de Fès, il écrit dans un chapitre intitulé « poètes de langue populaire » ce qui suit :

« Il y a à Fès beaucoup de poètes qui composent en langue dialectale sur divers sujets, en particulier sur l'amour. Certains décrivent l'amour qu'ils éprouvent pour des femmes, d'autres celui qu'ils ont pour des garçons et mentionnent sans le moindre respect et sans la moindre vergogne le nom de l'enfant qu'ils aiment. Ces poètes composent chaque année à l'occasion de la fête de la naissance de Mahomet un poème à la louange de celui-ci. On réunit les poètes le matin de cette fête, de bonne heure, sur la place du chef des consuls. Ils montent sur la banquette qui sert de siège à ce dernier et chacun récite son poème en présence d'une nombreuse assistance. Le poète qui est jugé avoir le mieux et le plus agréablement déclamé ses vers est proclamé cette année-là prince des poètes et considéré comme tel. Au temps des plus brillants souverains mérinides, le roi qui régnait alors avait coutume d'inviter à son palais savants et lettrés de la ville et, donnant une fête en l'honneur des poètes qui en étaient dignes, voulait que chacun récitât son poème à la gloire de Mahomet en sa présence et devant tous. Le récitant se tenait sur une estrade élevé. Puis, d'après le jugement des gens compétents, le roi donnait au poète le plus apprécié cent ducats, un cheval, une femme esclave et le vêtement qu'il portait sur lui. A tous les autres, il faisait donner cinquante ducats, si bien que tous prenaient congé de lui avec une récompense. Mais cette coutume a disparu depuis cent trente ans en raison du déclin de la dynastie » [4]

Ce témoignage de Léon l'Africain nous apporte quelques renseignements d'importance sur la poésie melhoun et les poètes de cette époque qui est pour nous l'époque fondatrice :


  • Coexistence, d'ores et déjà, des deux écoles, citadine et bédouine, qui vont perdurer à travers les siècles, avec, toutefois, ce qui a manifestement impressionné Léon l'Africain, une nette supériorité de la poésie bédouine au niveau artistique. Ce déséquilibre va probablement s'accentuer avec l'avènement, au Maroc, d'une dynastie arabe bédouinisante les Saadiens, et la domination, dans les plaines de l'Oranie, des grandes tribus hilaliennes, comme les Souids, et finira par marquer le melhoun d'une empreinte bédouine incontestable, même au cœur des grandes cités policées comme Fès ou Tlemcen et son haouz.

  • La thématique est pratiquement déjà constituée dans ses grandes lignes : poésie amoureuse(d'une grande liberté de ton), cynégétique, guerrière ou épique, et religieuse avec notamment, ce qui va être la spécialité de Sidi Lakhdar, le panégyrique prophétique(les maouloudiâtes).

  • Grande popularité de la poésie melhoun et soutien effectif des classes dirigeantes à ce genre très prisé sous la forme de manifestations officielles et d'importantes gratifications matérielles aux poètes. Le melhoun, s'il n'est pas à lui seul la poésie officielle, en fait manifestement partie, à côté, probablement, de la poésie classique.

  • Organisation des poètes en corporation avec à leur tête un « prince des poètes » (cheikh echchioukh) élu annuellement à l'occasion du Mouloud.

  • L'usage de la déclamation et de la récitation : Léon l'Africain ne parle pas, curieusement, ni de la musique ni de la poésie chantée ce qui prouve bien que le melhoun n'était pas écrit pour être nécessairement mis en musique et chanté, mais simplement déclamé devant un auditoire et transmis soit par l'écrit, soit de mémoire.

    le texte sur Léon L'Africain et le melhoun a été écrit par Ahmed-Amine Dellaï et publié dans un numéro de la revue Turath du Crasc d'Oran.


     http://img.over-blog.com/600x450/1/50/59/42/Mohamed-el-fassi/autres/autres-0085.JPG


    Bibliographie
    • A.-L. de Premare, Sidi abd-er-rahman el-mejdub, éditions du C.N.R.S., Paris, 1985, 300 pp.
    • A.L. de Prémare, La Tradition orale du Mejdub: récits et quatrains inédits,recueillis, transcrits, traduits et annotés par A.L. de Prémare. Aix-en-Provence: Edisud, 1986.
    • Alfred-Louis de Premare, Sidi Abd-er-Rahman el-Mejdub: Mysticisme populaire, société et pouvoir au Maroc au 16e siecle (Les Cahiers du C.R.E.S.M) (Broché), 27 septembre 1985
    • J. Scelles-Millie et B. Khelifa "Les quatrains de Medjoub le sarcastique" poète maghrébin du XVIe siècle , G.P. Maisonneuve et Larosse, Paris 1966 (Réédition).
    • On proverbs derived from the poems of Mejdoub: M. Ben Cheneb "Proverbes arabes de l'Algérie et du Maghreb" (1900).-


    Voir aussi