Tombeau de Abdelaziz al-Maghrawi

Les deux grands piliers du malhoun, Sidi Lakhdar Benkhlouf et Sidi Abdelaziz El-Maghraoui, sont issus de la grande tribu des Maghraouas, dont le berceau était la vallée du Cheliff et les monts du Dahra, l’une des premières tribus berbères a s'islamiser et a s'arabiser, et qui se constituera en principautés s'étendant du Maroc a la Libye, en passant par Sijilmassa dans le Tafilalet, berceau présumé du genre musical au Maroc.

Abu Faris abd al-Aziz al-Maghrawi
( 1533 - 1593) mieux connu sur le nom de  Abdelaziz al-Maghrawi est un illustre poète marocain et auteur de qaçaïd écrits pour le malhoun. Il fut l'un des poètes de la Cour du sultan Ahmed al-Mansur Saadi, sixième sultan de la dynastie saadienne.



Mohamed el Fassi: quasida  tachkique al kamar (partager la lune) mentionnant sa date de naissance sur la page 264

La composition de poèmes en arabe dialectal n'est pas récente dans le monde arabe. Nous connaissons la poésie d'Ibn Quzman, auteur des zajal, qui vécut en Andalsie au XIIème siècle. Si le zajal médiéval est écrit dans le registre dialectal, il est absorbé par la métrique classique. Nous avons aussi la poésie, connue par le nom de malhoun, de Sidi Abderrahman El Majdoub, qui vécut au XVIe siècle.
Le plus ancien poète-musicien du hawzi est Saïd Ben Abdellah el Mandassi (16ème siècle). Il quittera sa ville natale attiré par la cour du roi saadien Moulay Ismaïl à Meknès avant de revenir pour y mourir. L'oeuvre de ce poète est inspirée de belles odes dont «Ya imam ahl Allah» (Ô Imam des gens d'Allah), «Akikia» (La cornaline) ou encore «Lakaïtou habibi» (J'ai rencontré mon ami)...

Il laissera de nombreux disciples, voir entre autres le poète marocain Abdelaziz al-Maghrawi ou encore le Tlemcénien Ahmed ben Triqui dit Benzengli, auteur de «Ya achak ezzine» (Ô amoureux de la beauté).
L'âge d'or du malhoun commence pourtant avec Abdelaziz al-Maghrawi et est surnommé à juste titre l'arbre de la parole selon le musicologue marocain Ahmed Aydoun.  Depuis al-Maghrawi, des générations de poètes ont assuré l'accumulation d'un savoir métrique et thématique et forgé un vocabulaire spécial.
Très connu au Maroc, son nom est associé à de nombreux proverbes. Son poème le plus connu est "Chafett Aïni Ya Raoui".

Voici un recueil de certains de ses textes traduits en français et parfois en anglais.

La traduction est approximative mais correcte sur le fond. Elle a été rendue possible grâce au dévouement des forumistes de ce site communautaire.


Chafouni Ak7al Mralaf----Ya7asbou Mafiya Dkhira
Wa Ana Ka-Alkitab Al-Mo2alaf----Fih Manafi3 Kthira

Ils m'ont vu sale et laid----Ils ont dit c'est une tête vide
Or je suis comme un livre couvert----dedans se trouve bien de choses utiles
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Ya 9alb Nakwik Bi Al-Nar----Wa Ida Brit NzidAK
Ya 9albi Khalaft Li Al-3ar----Wa Trid Man La YridAk

oh !my heart i burn you ----and if you want i will do more
oh !my heart you make me ashamed r----because you like who doesn't like you.

La Tkhamam La Tdabar----La Tarfad Al-ham Dima
Al-Falk Ma ho Msamar----Wa La Dania M9ima

Ne pense pas trop et ne cherche pas trop----Ne prend pas la tristesse éternellement
Les planètes ne sont pas fixes----et la vie n'est pas éternelle

Al-Sahab La Tla3bou----Wa Al-Ta3ar La Tfout 3lih
Ili 7abak 7abou Ikthar----Wa Li Ba3ak La Tachrih

don't play with your closest friend's feeling-----and if people insult him ,put his mind at ease.
who loves you love him more-----but once he betrays you don't be his friend again.

ksabt Fi Dahr Ma3za----Wjabt Klam Rba3i
Mada Man A3tah Rabi----Wa Ygoul A3tani Dra3i

Je n'ai eu dans ma vie qu'une chèvre----mais j'ai écris de beaux quatrains
Nombreux sont ceux qui sont comblés par les faveurs d'Allah----et ils disent ce sont les faveurs de nos propres bras

SAFER TA3RAF ANASSE ---- OU KBIRE AL KOUME TI3OU
KBIRE AL KARCHE OU RASSE ---- BI NÄSSE FALSSE BI3OU

Voyage tu connaîtras des gens ---- Et le Noble tu lui dois obéissance
Le ventru a la grosse tête ---- Pour un demi sou vends----


Abdelaziz al-Maghrawi meurt à l'âge de 60 ans.

Lors de la 6ème  édition du festival de l'art du Malhoun organisé à Fès, une oeuvre académique de Abbas Al Jirari, conseiller du Roi du Maroc, intitulée "le projet scientifique de l'Académie du Royaume du Maroc dans le domaine de l'art du Malhoun". Un recueil poétique de Abdelaziz El Maghraoui a également été publié à cette occasion.

Ce festival met au devant la scène de nombreuses troupes artistiques du Maroc et constitue une importante plate-forme visant la préservation d'un patrimoine ancestral authentiquement marocain. Abbas Jirari (né à Rabat en 1937), a par ailleurs effectué de nombreuses recherches portant sur le patrimoine arabe, la pensée islamique et les questions culturelles. Parmi ses publications : "Al hourrya oua Al Adab" (La liberté et la littérature), "Attakafa fi Maarakat Attaghyir" (La culture dans la lutte pour le changement), "Mouachahate Maghribya" (une recherche dans la poésie andalouse) et "Taqafat assahra" (la culture sahraouie).

 

Diwane de cheikh sidi Abdelaziz el Maghraou, Abass el Jarari


Une qasida de Abdelaziz al-Maghrawi interprétée par Amar Ezzahi



Bibliographie

 

A. A. Dellaï, Chansons de La Casbah, p. 12
M. Th.Houtsma, E.J. Brill's First Encyclopaedia of Islam, 1913-1936, p. 603
Saïd El Meftahi, L'art du Melhoun, son histoire, ses richesses  p. 3
Abu Ali al-Ghawthi, Kashf al-Kina an Alat al-Sima, Algiers 1904, p. 49-93

Tag(s) : #melhoun marocain
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