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Plagiat, emprunts et propriété artistique dans le contexte de la musique raï

Plagiat, emprunts et propriété artistique dans le contexte de la musique raï


L'une des caractéristiques du raï fut le peu de crédit et d'intérêt accordé à la propriété intellectuelle et artistique en Algérie. Cela pour des raisons propres au circuit de production existant et aussi à cause des processus de conception même de la chanson. Conçu comme une transaction (une forme de troc) basée sur un échange d'une série de chansons contre une somme forfaitaire, variable selon la notoriété de l'interprète, le produit musical se concevait comme une marchandise éphémère, répondant à une demande conjoncturelle.


La prédominance de l'improvisation musicale, le statut d'amateur des interprètes et arrangeurs, le mépris affiché de la qualité artistique même de l'œuvre étaient intériorisés par les uns et les autres. Mais c'est également parce que les chanteurs et éditeurs musicaux se situaient plus généralement dans la tradition de la chanson du bédaoui. Dans cette tradition de la chanson, si les auteurs de texte étaient souvent connus, l'essentiel était accordé à la qualité de l'interprétation. Peu d'auteurs contemporains du melhoun déclaraient leurs œuvres pour être protégées. C'est ainsi que l'on trouve, dès le début de l'enregistrement phonographique, beaucoup d'œuvres identiques chantées par des interprètes différents.


Outre cette appropriation généralisée des textes et souvent des mélodies, une pratique courante des chanteurs consistait à enregistrer les mêmes chansons pour plusieurs éditeurs. Le succès faisait vendre un grand nombre de cassettes aussi bien dans les pays du Maghreb que par les expatriés maghrébins vivant et travaillant en France. Les éditeurs les plus en vue étaient Zed el Youm, Disco-Maghreb, Ed. Saint-Crépain, MCPE, Rallye,...


Cheb Karim de Constantine, se fait voler sa première œuvre par Cheb Hasni et cheb Nasro...Mais l'artiste la plus plagiée du continent africain reste sans nul doute Cheikha Rimitti, la mamie du raï, dont le répertoire a été littéralement "pillé" par la jeune génération des chebs. "Comme je suis illettrée, que je ne parle pas le français, on me lèse ; beaucoup ont gagné des millions sur mon dos. Je suis à chaque fois surprise. Je trouve mes chants sur les cassettes des autres. Si au moins ils étaient reconnaissants, hommes ou femmes ! Ils portent des complets cravates, des bijoux en or grâce aux textes de Rimitti. Mais qui a fait le raï ? Rimitti !"


La chanson Chefchaouen nouara  de Lahlou a été reprise par le chanteur algérien Mohamed Lamine (il l'a intitulée "Dzair nouara").


Les artistes algériens commencent à se défendre contre le plagiat. Mais cette attitude reste exceptionnelle : par manque de moyens ou par fatalisme, ils restent massivement victimes du phénomène.