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Musique des gnawas et musicothérapie

Musique des gnawas et musicothérapie

 

La pratique du rythme est une thérapie efficace contre le stress qui provoque la nervosité, l'irritation, les troubles du sommeil. La charge de travail, les événements que nous avons a affronter nous empêchent de vivre l'instant, le présent. Nous ne pouvons donc plus réfléchir ni nous concentrer pour les aborder. 

Que se passe-t-il physiquement quand nous sommes pris par le stress : Notre cœur et notre respiration n'arrivent pas à se synchroniser - Un moyen radical de gérer le stress est la concentration car elle fixe notre attention sur un événement présent autre que ceux qui nous préoccupent. Elle incitera au calme, notre rythme respiratoire et notre rythme cardiaque seront synchronisés.

Les musiciens Gnawas, descendants d'esclaves africains amenés au Maroc entre les XIIème et XVIIème siècles, produisent un effet semblable. Leur musique est un mélange de paroles religieuses profondément enracinées dans la tradition orale de l'Afrique subsaharienne et de mélodies mélancoliques qui rappellent le jazz et le blues américains. L'exécution Gnawa se concentre sur un corps tournoyant et une voix aiguë, des couplets poétiques rimant avec des psalmodies soufies en arabe telles qu' ''il n'est pas d'autre Dieu que Dieu et Mahomet est son messager.'' Ces mots, effroyables s'ils sont prononcés par un terroriste, élèvent l'âme lorsqu'ils sont chantés par des musulmans pieux, des Gnawas et autres musiciens inspirés par le soufisme.

C'est cette fusion entre soufisme et modernité qui produit une expérience esthétique unique, laquelle attire les jeunes Marocains qui rejettent l'extrémisme et soutiennent les valeurs d'une humanité partagée.

La musicothérapie reste l'une des composantes de l'art-thérapie universelle qui consiste à utiliser la musique comme outil thérapeutique, pour rétablir, maintenir ou améliorer la santé mentale, physique et émotionnelle d'une personne. La musicothérapie existe depuis très longtemps sous ses formes primitives associées parfois à la sorcellerie.

Je prendrai l'exemple de la tarentelle qui figure comme une forme musicale traditionnelle dansée provenant du Sud de l'Italie.

En Sardaigne, c'est l'araignée qui mène la transe

Connue dès le xviie siècle, elle puise probablement des racines bien plus anciennes dans le culte des dieux antiques : certains chercheurs y voient une lointaine descendance des rites dionysiaques. Particulièrement vivante, cette mélodie en 6/8, accompagnée d'une danse entrainante et joyeuse, était jouée au cours de cérémonies qui pouvaient durer des journées entières, afin de guérir ceux que l'on croyait être victimes de morsure d'une araignée légendaire, la tarentule. Les qualités thérapeutiques qu'on leur prêtait étaient également un prétexte afin de perpétuer des danses d'origines païennes dans l'Italie catholique rigoriste du xviie siècle. Ce style musical apparait comme un puissant outil de diagnostic. Dans cette contrée de l'Italie, des musiciens issus de la tradition, souvent aveugles ou malvoyants sont mentionnés comme ceux qui détiennent un savoir surnaturel, connaissent non seulement les différentes tarentelles, mais aussi les tarentules (araignées) respectives auxquelles celles-ci sont attribuées : mutine, enfantine, érotique etc. Lorsque la malade entend la mélodie de son araignée, tout se passe comme si elle reconnaissait celle qui l'habite à son insu puisqu'elle bondit alors sur ses pieds et danse, parfois trois jours et trois nuits consécutivement, sans relâche, jusqu'à la guérison. (source la cure par la danse de possession).

La danse de l'argia en Sardaigne cité dans "I rituali dell'argia" de C.Gallina et celui sur le tarentisme "La terre du remord" de E.De Martino. Dans les Pouilles, jusque dans les années 1950, la tradition voulait, lorsqu'une personne avait des problèmes psychiques, que l'on invite des musiciens à domicile. Ils jouaient pendant trois jours, le malade devait danser la tarentelle tout au long de cette période au bout de laquelle il était guéri. Ils s'agissait dans la plupart de cas de femmes dont la tradition populaire voulait que tous les les problèmes maux étaient liés à la piqûre d'une araignée, la tarentule, qui pouvait donner des symptômes paroxystiques assez proches de la danse et du mouvement. Ce rituel était répandu dans tous les villages de Sardaigne. Il était gardé secret la plupart du temps à cause de son caractère érotique qu'accompagnaient la danse et la musique. En Sardaigne, comme partout dans au Maroc, l'intérêt rituel consiste à utiliser la danse dans le but de soigner une personne en difficulté. (voir aussi)

 

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Selon des études la musique rend des personnes positives devant des situations stressantes, comme par exemple l'hôpital avant d'etre opéré,ou chez des malades mentaux ou en gériatrie.

Parmi les savants arabes qui ont donné leur avis à propos de la musique, il y a eu Abu Bakr Mohammad Ibn Zakariya al-Razi, un des penseurs les plus complets de l'islam qui a brillé dans les disciplines scientifiques comme la médecine et l'alchimie. Il décrivit de nombreuses pathologies comme la goutte, les calculs rénaux et vésicaux, la variole, la rougeole, le rhume des foins. Il a en outre classé les maladies en trois catégories : celles qui sont curables; celles qui peuvent être curables; et celles qui sont incurables. Il était également un musicien et musicologue accompli. Il est établi que cet homme ait étudié le rôle de la musique à des fins thérapeutiques. Ainsi naissait la musicothérapie. Fès a vu naître la première Université de Médecine du Magreb vers 1400 avec une spécialité de musicothérapie. 

La foi et la croyance sont les éléments les plus importants, sur lesquels se fondent les formes traditionnelles et modernes de cette thérapie, afin que ses effets soient positifs. La danse qui accompagne le 'Stambali' en Tunisie, qui est un type de Hadra, entraîne une sorte de perte de conscience, un état d'extase, qui est l'état nécessaire pour le traitement du patient dans la thérapie moderne..

Les gnawa de Fès sont les musicothérapeutes issus de ces formations. Il y a deux aspects : la musique de "joyeuseté" pour aider à retrouver le moral et le plaisir de vivre, et la transe de guérison, la Lila. 

Nathalie Château-Artaud, musicienne de formation, diplômée du Centre International de Musicothérapie de Paris, oeuvre à mettre la musique au service de la médecine en ouvrant le premier cabinet de musicothérapie au Maroc et continue ses recherches dans le domaine énergétique et holistique.

Elle enregistre un album dont les plages musicales ont été composées pour avoir un impact particulier sur l'organisme et sur l'esprit des auditeurs selon les bases de la médecine et de la musicothérapie chinoise alliées aux techniques de guérison "gnaouies".

Préjugés culturels

Diverses théories font allusion à l’audition intra-utérine des pulsations cardiaques maternelles et au caractère supposé apaisant du dit battement, mais les pulsations du cœur sont réputées arythmiques d’un point de vue musical et l’audition est fortement atténuée par le liquide amniotique (voir article) : ce qui exclu toute influence sonore extérieure prédominante. Une autre théorie fait référence au son de la marche, percussion interne transmise à travers les os depuis nos premiers pas, et qui nous donnerait cette impression de « sens du rythme ». Pourtant, si l’exemple de la marche est un bon outil pédagogique pour apprécier le caractère universel du « sens du rythme », il n’explique pas tout.

Nous connaissons tous des personnes prétendant n’avoir aucun sens du rythme, et il y en a autant en Afrique qu’ailleurs. Ce sentiment est plus souvent un blocage intellectuel qu’une réalité physique.

Ne dites plus alors : « Les Africains ont le rythme dans la peau », mais : « Le rythme est une donnée culturelle majeure de la musique africaine ».

Ayant à première vue une dimension flatteuse, cette idée reçue est aussi susceptible de produire bien des préjugés.