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musique libanaise

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Ancienne Phénicie, pays de langue arabe (et syriaque par endroits jusqu'à une période récente), le Liban est individualisé par un arabe dialectal oriental et une francophonie assez répandue, et régi par un système multiconfessionnel regroupant des communautés musulmanes, druzes et chrétiennes. En l'absence de documents sur la musique phénicienne, les Libanais peuvent revendiquer, selon l'idée qu'ils se font de leurs origines, d'anciennes traditions gréco-byzantines, arméniennes, araméennes ou syriaques, des traditions arabes islamiques implantées à partir du VIIe siècle, un cosmopolitisme impliquant une tendance à l'hybridation avec l'Occident, une effervescence du folklore libanais ou une renaissance du classicisme arabe. Les traditions antérieures à l'islam, encore que sous-jacentes dans certaines formes populaires, sont plus aisément identifiables dans les diverses liturgies des églises « gréco-byzantines », arméniennes, syriaques ou maronites. Cependant, en l'absence d'une analyse musicale orientée, la plupart des musiques savantes et populaires du Liban sont assimilables, par la structure modale et la forme littéraire, aux musiques de type arabo-islamique ou arabo-irano-turc. On décèle néanmoins des formes plus caractéristiques au mont Liban, comme le abû-zûlûf, complainte amoureuse, ou le zéjal, musique de Cour galante poétique improvisée et rythmée qui anime les soirées villageoises non dépourvu d'humour.

La musique libanaise est une musique qui exprime sa richesse et elle est écoutée au-delà du monde arabe. Cette musique à quelques exceptions propres ou alternative est à dominante orientale, bien que les chanteurs libanais aient tendance à mélanger le style oriental avec d'autres genres musicaux.

Le Liban est-il devenu, après l'Égypte, le second producteur de chansons et d'opérettes arabophones? En tout cas, de ce succès commercial indiscutable découle l'existence d'une musique libanaise moins individualisée par les structures, les formes et les instruments de musique (qui sont communs à ceux des autres pays arabes du Moyen-Orient) que par un style et une démarche artistique visant la réussite spectaculaire.

Au début des années 60, Fairouz va révolutionner la musique libanaise en la faisant connaître dans tout le monde arabe. Avant elle, une autre grande chanteuse, Sabah, fera grandement parler d'elle. Nasri Shamseddine et le célèbre oudiste Marcel Khalifé. Durant la période de guerre civile, un grand nombre de chanteurs et chanteuses libanais fuient vers la capitale égyptienne ou d'autres métropoles à l'étranger.

Musique issue du folklore libanais et de la musique bédouine

Comme bon nombre des pays voisins, le Liban possède un patrimoine musical folklorique axé sur la paire hautbois (zurna) - tambour (tabl). Ceux-ci accompagnent les danses populaires dabkas, où les hommes se mettent en cercle ou demi-cercle, lors des festivités de mariages notamment. Il existe également une tradition de chant long populaire qu'on nomme ataba, que l'on retrouve dans la culture bédouine. Les Bédouins sont en effet d'une grande diversité ce qui ajoute à cette communauté ancienne des facettes différentes et intéressantes à découvrir. On peut les comparer à un arbre dont les racines anciennes sont enfouies dans le sol du désert et cet arbre vit ainsi dans les deux mondes. La musique bédouine est la musique de la tradition orale appelée communément « sahraoui » ou « bidaoui ». La musique populaire constituait une part importante de la sensibilité culturelle des bédouins. Depuis les temps les plus reculés, ils expriment à travers ces chants, leurs sentiments, leurs espoirs, leurs aspirations et leur conception du monde environnant. Les tribus bédouines nomades du Proche-Orient perpétuent dans leur vie quotidienne une ancienne forme de musique arabe rurale qui accorde une place prépondérante au texte, et la poésie chantée. À travers le pays, les bédouins colportent leur chants avec une instrumentation rudimentaire, flûte en roseau (gasba), large tambourin (bendir) et percussion longiline (guellal).

Les images du monde arabe semble s'accompagner presque inévitablement des mêmes illustrations sonores. Quel que soit le sujet, on a droit, au choix, à l'appel à la prière ou au solo de nay (flute) ! Comme si les clichés de la musique orientale devaient nécessairement faire contrepoint aux images toutes faites de la représentation médiatique des Arabes !

À la fin du XIXe siècle s'était défini un style musical libanais bien représenté par Abû Hatab et Muhieddin Ba'yûn, mais, au XXe siècle, l'influence du mandat français a poussé les élites à se vouer au symphonique ou à la chansonnette méditerranéenne et à laisser la musique orientale aux déshérités et aux nomades. Cependant, la continuité a été assurée au niveau de l'enseignement musical officiel, grâce aux efforts du musicologue libanais Wadî' Sabra et de l'organiste français Bertrand Robillard, et l'ancien Dar al-Mûsîqâ de l'époque ottomane est devenu conservatoire national en 1929. On enseigne donc au Liban la musique orientale et la musique occidentale. 

Un certain nombre de musiciens libanais ont voulu s'ouvrir aux deux musiques, tels Anis Fuleihan, Toufic Succar, Georges Baz, Raif Abillama, Boghos Gelalian, Salvador Arnita, les pères Paul Achqar, Joseph Khoury et Louis Hage. Certains interprètes, et plus volontiers les pianistes, sont délibérément occidentaux, tels Diana Taky-Deen, Walid Akl, Walid Haurani et 'Abdal-Rahman al-Bacha ; mais 'Abdallah Chahine a inventé un piano capable d'interpréter les modes orientaux. D'autres enseignants, compositeurs et interprètes sont réputés en musique orientale, tels 'Abdal-Ghani Cha'ban, Selim el-Helou, Halim al-Roumi, 'Abud 'Abdal-'Al, Émile Ghosn, Antoine Zabta, Georges Farah, Muhammad Sabsabi, Naim Bitar, Fahim Jamaleddin, Joseph Ayoub, Abdal-Karm Muzaqzak

La création, en 1922, d'un festival de Baalbeck, d'abord exclusivement consacré à l'art occidental, a favorisé, à partir de 1952, la renaissance d'un folklore libanais destiné à un public avide de traditions populaires à la fois simples et exaltantes. Deux groupes sont partis à la conquête du triomphe. D'un côté Zaki Nassif, Tawfiq al-Bacha, Walid Ghulmiye, Roméo Lahoud, avec la pétulante chanteuse Sabah. De l'autre les frères 'Assi, Mansour et Elias Rahbani avec l'émouvante chanteuse Fayrouz entourée des chanteurs Nasri Chamseddin et Wadi al-Safi. Après des années de rivalité alternée, les opérettes populaires des frères Rahbani, mettant en valeur les talents vocaux de Fayrouz, ont réussi à faire de cette dernière une héroïne douce et pieuse, incarnant les vertus familiales et nationales de la société libanaise, d'où un succès incontesté auprès des Libanais du Liban et de la diaspora et auprès de tous les Arabes. 

Parallèlement à cette renaissance de l'opérette folklorique, un instrument du Moyen-Orient, le buzuq, naguère abandonné aux nomades, a été redécouvert récemment et a assuré le succès de virtuoses talentueux comme Muhammad Matar, Sa'îd Youssef, Malik Bajjani et Nasser Makhoul
Ainsi le Liban est-il devenu, après l'Égypte, le second producteur de chansons et d'opérettes arabophones. De ce succès commercial indiscutable découle l'existence d'une musique libanaise moins individualisée par les structures, les formes et les instruments (qui sont communs à ceux des autres pays arabes du Moyen-Orient) que par un style et une démarche artistique visant la réussite spectaculaire.

Au début des années 60, Fairuz va révolutionner la musique libanaise en la faisant connaître dans tout le monde arabe. Avant elle, une autre grande chanteuse, Sabah, fera grandement parler d'elle. Nasri Shamseddine et le célèbre oudiste Marcel Khalifé. Durant la période de guerre civile, un grand nombre de chanteurs et chanteuses libanais fuient vers la capitale égyptienne ou d'autres métropoles à l'étranger.

Certains chanteurs libanais sont devenus des superstars du monde arabe, c'est ainsi que les chanteuses libanaises Nancy Ajram, Elissa et Haifa Wehbe se disputent la première place dans les hits parades. Ces dernières ainsi que les chanteurs(ses) Ragheb Alama, Wael Kfoury, Najwa Karam, Nawal Al Zoghby et Magida El Roumi sont des  artistes représentatifs de la musique libanaise moderne.

 

Le métissage musical

Pour ceux qui s'intéressent aux musiques métissées, on retient les noms de Toufik Faroukh et Ibrahim Maalouf.

Parmi ceux qui essaie de créer ce style nouveau, entre jazz et tradition, se détache brillamment Toufic Farroukh, un artiste jazz'oriental né à Beyrouth, vivant  en France. Il fait partie  de ceux qui cherchent à faire le grand écart entre les cultures. En l'occurrence, entre le jazz et la musique libanaise. Dans ces «petits secrets» se croisent ainsi oud, piano, darbouka, double basse et bien sûr les saxophones tenus par le maître de cérémonie. Son jeu réside dans une idée fort simple: faire jouer à des instruments dits traditionnels des parties normalement dévolues à leurs alter ego occidentaux. On ressent ainsi d'étonnantes sensations lorsque l'oud ou la flûte mènent le bal, ou lorsque les percussions terq ponctuent une phrase musicale de leurs sonorités très particulières. A d'autres moments, ce sont les petits interludes d'un accordéon ou d'un piano qui brusquement titillent l'oreille.

En règle générale, on peut dire que la plupart des artistes sont partis pendant la guerre et ont débuté leurs carrières à l'étranger; beaucoup reviennent aujourd'hui au pays. Mais parce qu'ils ont fait leurs classes en Europe ou en Amérique (Etats-Unis, Brésil…), leur musique est très occidentalisée. Parmi la nouvelle génération de musiciens libanais, certains ont quasiment laissé les influences orientales au vestiaire. C'est le cas -par exemple- pour Gabriel Yared que les européens connaissent bien. Non seulement pour ses nombreuses collaborations avec des artistes français (ses talents d'arrangeurs ont séduit Gainsbourg, Michel Jonasz, Françoise Hardy, Johnny Hallyday…) mais aussi pour ses musiques de films. "37,2° le matin", "Le patient anglais", "L'amant"… Yared est désormais un compositeur installé et oscarisé. A son opposé on trouve des artistes tels que Marcel Khalife qui revendique -et perpétue- la tradition en la mâtinant de sonorités nouvelles (en faisant notamment appel à un orchestre symphonique). 

Mais ce qui frappe le plus chez les jeunes libanais, c'est de voir à quel point ils sont à l'écoute de la musique occidentale. Le phénomène n'est pas nouveau et existait déjà fortement dans les années 70's. Dans son formidable film "West Beyrouth", le cinéaste Ziad Doueiri dépeint des adolescents qui voit arriver la guerre civile sans trop rien y comprendre. Ils sont bien trop occupés à découvrir la vie et la musique américaine de l'année 75.
(Magali Bergès).

 

Bibliographie

EL MAHDI, S. (1972), La musique arabe, éd. A. Leduc, Paris.
MAINGUY, M.-H. (1969), La musique au Liban, éd. Dar An-Nahar, Beyrouth.
SCHAEFFNER, A. (1968), Origine des instruments de musique, éd. Maison des sciences de l'homme, rééd. III, Paris.

Dictionnaire de la musique, Réalisé sous la direction de Marc Vignal.