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Evolutions musicales et disparités dans la musique arabe

Evolutions musicales et disparités dans la musique arabe



Au cours des siècles, des pratiques musicales locales distinctes se sont développées  en se forgeant un une identité culturelle en fonction de chaque société dans le monde arabe.

Il existe par exemple  dans des villes du Maghreb telles que Fez, Tétouan, Tlemcen et Tunis, des versions distinctes du noubas, qui font partie intégrante de la culture musicale locale. Des modes mélodiques légèrement différents portent le même nom en Syrie, en Égypte, en Irak et dans les pays d'Afrique du Nord.
Les modes rythmiques de ces musiques peuvent aussi être articulés différemment tout comme leurs interprétations varient. Par exemple, la poésie populaire chantée, change  en fonction du dialecte local. Le maqam irakien n'est pas uniquement un mode mélodique mais constitue une suite de pièces dans un mode particulier. Dans ce pays, le terme maqam a d'ailleurs une signification plus proche de celle du waslah ou de la nouba que de celle du maqâm dans d'autres régions arabes.
Du fait de l'absence de partitions de musique écrites jusqu'au XXe siècle, il est impossible de dater les mélodies avec exactitude. Certains genres mélodiques, en particulier ceux du Muwashshah andalou ou syrien (Ce type de poème en langue arabe est distincte de la qasidah (en Arabe قصيدة, en Persan قصیده) à une seule rime et autorisant une plus grande subtilités et possibilités de création et de composition musicale. le poème est composé en larges versets monorythmiques. Selon García Gómez, à la fin du 9ème siècle, un poète arabe anonyme empruntait certaines de ces chansons en un poème arabe intitulé moajaxa, qui lui donna une structure strophique particulière), doivent remonter à plusieurs siècles, mais il est probable qu'ils aient subi quelques modifications.

Des centaines de traditions musicales locales coexistent dans le monde arabe, qui portent souvent les traces des pratiques musicales de peuples avec lesquels les populations arabes se sont trouvées en contact. Ainsi, la pratique du tambour dans les États du golfe Persique pourrait s'expliquer par les relations avec les commerçants africains. La tradition gnawa tirerait son nom des esclaves de l'Afrique noire amenés au Maroc. La musique nubienne, en Égypte, fait appel à un système mélodique particulier utilisant une gamme pentatonique (à cinq notes) et intégrant des rythmes distincts.

La musique populaire arabe contemporaine emprunte à la fois au style traditionnel et au style classique arabes. Les claviers électroniques accordés pour les maqamat et les tambours accompagnent généralement les chanteurs de poésies et de chansons populaires. Dans certains cas, les chanteurs adaptent leur style vocal ou leur langage au public non arabophone, tout en s'efforçant de préserver en partie la tradition musicale arabe. Le raï, venu des faubourgs d'Oran en Algérie, a su associer le rock, le funk et le reggae à la musique arabo-andalouse traditionnelle.

La tradition de la musique arabe côtoie d'autres traditions musicales en Turquie, en Iran et en Asie centrale. Des points communs existent parmi les systèmes à prédominance mélodique du dastgah persan, du mugam d'Azerbaïdjan, du makam turc, du shashmaqam d'Ouzbékistan et du maqâm du peuple Ouïghour de Chine. Les traditions de récitation coranique et de chants religieux originaires des régions arabes sont partagées par l'ensemble des communautés musulmanes, par exemple en Indonésie et au Pakistan. De même, les traditions de musique religieuse des Églises chrétiennes du Proche-Orient, en particulier celles de l'Église maronite en Syrie ou au Liban et de l'Église copte égyptienne, peuvent être rattachées à la tradition musicale arabe.

Cette pluralité n'a pas épargné la musique savante de l'Islam, dans la mesure où le substrat ethnique, omniprésent dans les musiques populaires, marqua de son empreinte l'évolution du langage musical dans les trois grandes aires ethnolinguistiques de l'Islam traditionnel notamment au niveau des formes et de la pratique.