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La culture discographique au Maroc : entre bricolage et sens du marché

La culture discographique au Maroc : entre bricolage et sens du marché


Il est un curieux paradoxe contemporain: il n’y a jamais eu autant d’artistes et les artistes n’ont jamais aussi peu compté. Le Maroc possède de par sa diversité une grande richesse musicale. De nombreux événements et festivals jouissent d'une réputation internationale pour ne citer que le Festival de Fès, le Festival Timitar d'Agadir, et le Festival d'Essaouira ou encore l'Boulevard de Casablanca...Un exemple concrêt de cette richesse culturelle parfois citée est la Place Jemâa-el-Fna à Marrakech qui selon Juan Goytisolo prétend que cet endroit qui accueille toujours de nombreux touristes mais aussi de Marocains qui continuent à fréquenter Jemâa-el-Fna comme le faisaient leurs ancêtres pendant des siècles. D'autres soutiennent par contre que cette place est une vocation d'arnaques touristiques et que la qualité de ce qui se produit à cet endroit a  perdu  son sens de l'époque. 

 

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La France avait été à l'initiative des premières maisons de disques sous le Protectorat du Maroc et la colonisation en Algérie de commencer l'exploitation des premiers labels discographiques. Avec l'arrivée du 45 tours sur le marché du disque à partir du début des années 50, des avions entiers étaient affrêtés pour arroser le Maghreb de disques. Installée à Lyon, la maison de production Teppaz s'est enrichie d'un catalogue exceptionnel de musique maghrébine. Ce projet était financé en grande partie par l'aide du gouvernement Français dans le cadre du plan de Constantine.

Dès la fin du Protectorat, les firmes européennes disparaissent et bradent leur stock aux anciens directeurs artistiques marocains. Ces derniers se mettront aussitôt à créer des maisons de production et souvent leur propre circuit de distribution, tenant plus de l'épicerie que de la promotion artistique. Les piratages et les fausses déclarations se multiplient.

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Dans un pays qui ne reconnaît pas vraiment ses artistes, on est tous condamnés à végéter ou à s’en sortir grâce à des bouts de ficelles"

Il fut un temps où la musique était réservée à une élite de surdoués qui travaillaient d'arrache-pied pour atteindre un niveau respectable. Mais les ordinateurs et les logiciels permettant de transformer, de maquiller et de reproduire la musique ont donné naissance à une nouvelle génération d'artistes à travers le monde. Aujourd'hui, le musicien n'est pas forcément tenu à sacrifier des journées de répétition et de recherche pour atteindre les sommités de son art.

L'ordinateur et les logiciels peuvent faire des miraculés de l'art musical. Ils peuvent donner une voix angélique à quiconque, générer la partie instrumentale, ajouter les effets spéciaux et en faire un produit commercial de qualité. Avec cette facilité extraordinaire, tout le monde peut s'autoproclamer vedette. Mais, force est de constater que certains s'approprient frauduleusement le style ou les idées qui ne viennent pas d'eux-mêmes et omettent volontairement de faire référence aux générateurs de ces produits. Sur le plan juridique, on parle de contrefaçon, qui est un délit contre le droit d'auteur.

Les problèmes des secteurs culturels sont loin d’être résolus. L’investissement réalisé jusqu’ici est allé vers un type d’événements qui ne participent pas ou pas assez à l’établissement d’une culture forte et durable.

Les principaux problèmes restent visibles: détérioration irréversible, voire la disparition du patrimoine, absence d’infrastructures culturelles publiques et privées de haut niveau, vide juridique pour régir les différents secteurs de la culture, et point crucial la difficulté du financement de l’initiative culturelle privée au Maroc. Effectivement, être promoteurs de la culture au Maroc n’est pas facile. Il faut avant toutes choses posséder des garanties avant de réfléchir à monter un quelconque projet. Et nombre de ces projets souffrent d’une méconnaissance de la part des institutions financières marocaines qui les assimilent à haut risque car novateurs au Maroc.

Aujourd'hui, il suffit au Maroc pour produire un disque d'une simple mélodie, un synthétiseur et un chanteur mal rémunéré pour vendre des cassettes et des cd à très bas prix. Ces prix brisent les règles des lois du marché et rapportent de gros bénéfices, aux dépens de coûts minimaux de production et de droits d'auteur éludés.

Malgré la résistance de la mini-cassette, le CD s'impose finalement sur le marché du son. Les clients sont habitués à payer pour le produit musical entre 15 et 40 DH.
Au Maroc, comme dans les pays du monde arabe, la réglementation de la propriété intellectuelle est une règlementation encore récente. Depuis toujours et jusqu’au XX e siècle, les droits d’auteur et créateur étaient inconnus. Un auteur pouvait confier la reproduction et/ou l’édition de son manuscrit à plusieurs copistes en même temps et le possesseur d'une oeuvre pouvait en disposer comme bon lui semblait. Il pouvait y incorporer des ajouts et même en modifier le contenu et proposer la nouvelle version à la vente pour son propre compte. (Source). 
Encore aujourd'hui dans le domaine de la musique, un produit piraté est vendu en toute légitimité au magasin de musique ou dans le souk ce qui cause de grands dommages à la qualité musicale et aux artistes marocains et est tenu pour responsable de la perte de vitesse de l'industrie discographique nationale.

L'artiste marocain bafoué de se droits et de sa promotion souffre depuis longtemps de l'abandon de la production discographique, mais paradoxalement l'artiste continue à vivre « exclusivement de son direct avec fatalisme et résignation». Pourtant des artistes se sont associés pour faire face a ce défit en travaillant de concert avec les pouvoirs publics pour trouver une alternative qui permettra de trouver une solution à cette économie souterraine de la culture qui mine certains secteurs, de cette union est née l'association marocaine contre le piratage audiovisuel

Aujourd'hui, au Maroc la culture créative reprend et présage un important changement économique, social et politique.

Le public marocain commence à apprécier de façon positive de son patrimoine musical et d'importants festivals sont organisés annuellement dans tout le pays. Malheureusement l'artiste marocain continue encore à maintenir ce même sentiment fataliste, puisque les conditions de précarité persistent.

Même si Internet (avec le téléchargement illégal) et la copie illégale (de CD et DVD) mettent en péril la création artistique numérique (musique et films) , internet sera aussi un formidable média de diffusion directe des œuvres du créateur vers le public du monde entier. Précisons qu'avant internet, le piratage existait déjà avec les copies de cassettes et tout particulièrement au Maroc ainsi que dans de nombreux pays pauvres d'Afrique, d'Asie ou d'Amérique Latine.

En Occident, les maisons de disques luttent contre ce phénomène en proposant : des téléchargements de titres au choix à 1 euro l'unité, des CD et DVD non " piratables ", un système législatif répressif contre le téléchargement illégal, ou encore des CD et DVD avec un packaging rare et de qualité.

Aujourd'hui, la quasi totalité des artistes occidentaux exploitent avec imagination leur site internet ou réseau social comme Myspace ou Facebook.

S'inspirant de ce qui se fait en Occident, les artistes de la nouvelle scène marocaine comprennent l'intérêt de ce type de média dans la diffusion et la promotion de leurs créations. Certains jeunes artistes marocains, conscients du faible pouvoir d'achat des marocains, proposent leurs titres librement sur Internet au public afin de mieux se faire connaître.

Grâce aux succès de leurs titres, ces artistes sont réclamés par le public marocain ; ils gagnent leur vie grâce à leur passage dans les médias, lors des concerts et aux produits dérivés qu'ils proposent à leurs fans (pochettes, T Shirt....).

Si internet est bien exploité par la jeune génération, tous les artistes marocains de la précédente génération n'exploitent pas encore les possibilité de cet outil moderne.

L'industrie musicale, telle qu'on la connaît au Maroc, vit ses dernières heures. C'est du moins ce qu'on entend régulièrement un peu partout...

Donc la question qu'on se pose tout naturellement, c'est : mais quel nouveau business model pour la musique si on doit enterrer celui des majors "historiques" ?

Et là, systématiquement, on entend des trucs du genre "C'est aux majors de réinventer la distribution de la musique !". C'est sans doute vrai, mais ça ne fait pas beaucoup avancer le débat. Pourtant, on voit apparaître quelques solutions.

Par exemple, un modèle qui s'impose progressivement est celui des majors communautaires qu'on voit fleurir sur le net. Parmi les plus connus, on peut citer MyMajorCompany, spidart, sellaband ou no major musik. C'est grâce à ces plateformes qu'on a pu profiter de nouveaux artistes.

Bien souvent, nombreux sont ceux qui se disent "artiste" dans un but purement financier ou acquérir une pseudo notoriété d'artiste. Hors, avant de solliciter de l'argent, il faut être certain de mériter ce qu'on demande à autrui !

En général, ce sont les organisateurs, médias, festivaliers qui font et décident de la valeur d'un artiste et non pas l'inverse.

Depuis 1999, le producteur Maurice Elbaz de FTG Records contribue a développer toute la scène des jeunes musiciens et des nouveaux artistes au Maroc.

Premier studio indépendant du Maroc, FTG Records offre à ses artistes une série d'outils pour faire évoluer leur carrière.

Qui protège donc le créateur marocain et l'identité culturelle marocaine ?

Des chambres ou agences du livre peuvent être établies pour représenter, dans le cadre de la loi, les auteurs d'œuvres littéraires et scientifiques, et négocier des accords pour la prise en compte et la perception des droits d'auteur, notamment auprès des maisons de reproduction, les organismes de radiodiffusion, les bibliothèques et les services d'archives, ...

Il faut aussi que tous les auteurs et créateurs ainsi que leurs autres voisins, soient représentés, sans distinction ni discrimination, par un organisme d'auteurs représentatif, placé sous l'égide d'un «Conseil supérieur de la propriété intellectuelle» ou doté d'un Conseil d'administration, regroupant toutes les personnes physiques et morales concernées «titulaires originaires des droits».

Les efforts des auteurs pour protéger leurs droits restent très limités. Les auteurs ignorent parfois leurs droits, ils manquent souvent de moyens financiers pour assurer leur protection et éprouvent des difficultés à s'orienter à travers les arcanes de la législation et les procédures compliquées de certains systèmes administratifs.

L'Association des Métiers de la Musique (AMM), fondée par des professionnels de la musique défend les intérêts matériels et moraux des travailleurs de la musique au Maroc.
L'AMM souhaite rallier l'approbation des travailleurs de la musique (musiciens, chanteurs, techniciens de son, managers producteurs, animateurs radio etc.) autour d'une plate forme consensuelle. l'AMM est une association professionnelle à but non lucratif ayant pour objectif majeur de défendre les intérêts de ses membres et favoriser le développement du secteur de la musique au Maroc. Agissant comme une fédération, elle vise à défendre les intérêts matériels et moraux de l'ensemble des travailleurs de la musique au Maroc, musiciens, chanteurs, techniciens de son, managers, producteurs, distributeurs. Son président est Benslim El Mehdi, développeur de projets musicaux. Son vice président est Belghiti Ali, propriétaire d'un studio d'enregistrement, le  secrétaire général est Hazib Toufik, alias Bigg, un célèbre artiste de rap.

Chronique d’une mort annoncée 
Les Marocains continuent de consommer de la musique nationale en grande partie. La répartition par répertoire dévoile que 65% des ventes de CD concernent la musique locale, 25% de musique arabe orientale et 10% de musique internationale. Si nos artistes nationaux sont adulés et même s’ils attirent les foules, «leurs cachets ne dépassent pas dans les meilleurs des cas les 50 000 DH», s’indigne un producteur. Pour vivre, nos artistes s’orientent de plus en plus vers la gestion de l’image, comme l’ont fait Nass El Ghiwane. Pour d’autres, le talent et la chance ont opéré. C’est le cas du groupe H-Kayne. La musique du groupe a attiré les producteurs de la Warner qui a acheté les droits de diffusion d’une de leurs chansons pour le dernier film de Leonardo Di Caprio. D’autres chanteurs, aussi talentueux et moins chanceux, attendent des jours meilleurs.  

Si certains considèrent la mort du CD imminente, d’autres continuent de croire qu’une belle pochette, une bonne qualité de son et un petit livret révélant les secrets de fabrication de l’album…c’est toujours dans l’air du temps et pour longtemps encore. De ceux-là, il faut compter Younès Bennani. Un homme qui voit grand et qui a décidé d’ouvrir le premier Virgin Mégastore au Maroc. 

L’homme d’affaires ne fait pas dans la demi-mesure. Son univers rime avec gigantisme. L’ouverture du Virgin Mégastore de Marrakech est prévue en novembre prochain. On pourra y trouver de la musique, des films, un espace pour produire les artistes et même à boire et à manger pour les gourmands. M. Bennani a décidé de mettre le paquet pour vendre ses CD, ces objets d’art en voie de disparition. «L’offre légale au Maroc a toutes les raisons d’exister», déclare-t-il.

Après Marrakech, Virgin compte s’installer à Tanger et Fès, avant de venir à Casablanca. Le patron de Virgin Maroc espère «offrir une vitrine de musique mondiale, de musique marocaine et arabe classique, sans oublier la nouvelle scène marocaine». Bennani promet la diversité mais aussi et surtout la qualité et les services. Une bonne politique de prix sera également la bienvenue.  

La musique ne reconnaît pas les limites géographiques. L’illégalité aussi. Si les chansons marocaines voyagent beaucoup, elles le font aussi sans cadre juridique et c’est à cette problématique qu’est confrontée au quotidien l’équipe de Fassiphone Belgium, le spécialiste de la musique chaâbi et classique marocaine à l’étranger. «Produire des albums en Europe a un coût nettement supérieur à celui de la prod au Maroc. Nous vendons nos CD entre 2,5 et 3 euros sur le marché de gros et à 7,8 euros en détail. Il y a des réseaux qui se sont spécialisés dans l’exportation (illégale) vers l’Europe, des CD que nous produisons au Maroc à moindres coûts», explique Abdennasser Benjelloun, directeur général de Fassiphone Belgium. Le patron et son équipe livrent une épuisante bataille à un réseau encore mal identifié. D’ailleurs, dans ce genre de combat inégal, la seule façon de résister c’est de se réorienter. Le directeur redirige son business vers l’artisanat pour s’en sortir. Mais il n’abandonne pas la musique pour autant, car une fois qu’on a mis les pieds dans ce métier, il devient difficile de s’en détacher. La société d’édition phonographique a adopté une logique de diffusion différente. Fassiphone propose une vitrine musicale à travers un site web. On y retrouve les grandes stars de la musique chaâbi à l’image de Stati, de Rouicha ou encore de Daoudi. Le registre de la boîte compte 1 500 références maghrébine et arabe. Deux possibilités sont offertes aux mélomanes : le téléchargement payant (entre 8 et 15 euros) ou l’achat de CD, (entre 8 et 19 euros). Mais, là encore, difficile de vendre. Aller sur le net, c’est prendre encore d’autres risques. Sur le web, une autre bataille fait rage. Celle qui oppose le payant au gratuit.

La diffusion de musique sur le web a engendré une hausse des téléchargements pirates. Le marché a du mal à trouver son équilibre. Les internautes se soucient peu des droits d’auteur. Les initiés le savent. Pour télécharger la musique gratuitement, il suffit d’installer des logiciels tels Ares, Emule ou encore Limewire et le tour est joué. Aucun problème de conscience ne se pose. Pour l’instant tout le monde croit à la gratuité du net, une aubaine pour tous. Sur d’autres sites comme celui de Raptiviste, on peut s’inscrire gratuitement et télécharger la musique que l’on veut. La seule contrainte, c’est les quelques secondes de pub à supporter avant d’accéder aux titres ! Les opérateurs de télécoms ont, eux aussi, rejoint la course en lançant de nouveaux business-modèles.

Au Maroc, Wana propose un catalogue constitué essentiellement de musique marocaine, à télécharger en envoyant un SMS à 6 DH TTC par titre. Pour l’instant, la croissance du secteur numérique reste insuffisante pour compenser les pertes du marché du disque. Il paraît évident qu’il faut encore améliorer la diversité des contenus et l’accessibilité au web. Les sites marocains se concentrent sur la musique marocaine ou maghrébine et la demande croissante sur la musique internationale n’est pas encore satisfaite légalement. Opposer le payant au gratuit plombe le marché. 

En Grande-Bretagne, par exemple, on a opté pour la réconciliation. Une formule vient d’être lancée pour lutter contre le téléchargement illégal. C’est Nokia qui se propose d’offrir à ses clients l’accès illimité au catalogue Nokia Music Store, pendant un an, où ils peuvent télécharger toutes les musiques qu’ils veulent. On l’avait bien dit, les opérateurs télécoms remplacent déjà les disquaires !

Des CD chez les épiciers et les coiffeurs
Dans cette crise que vit l’industrie du disque, les maisons de production se montrent de plus en plus frileuses à produire de nouveaux chanteurs et misent sur les valeurs sûres. La nouvelle scène se positionne difficilement : «on ne peut plus prendre de risques», «notre marge de manœuvre est réduite», avouent les producteurs. Certains artistes n’ont eu d’autres choix que de se diriger vers l’autoproduction pour s’imposer dans le monde impitoyable de la musique. C’est le cas de la chanteuse Oum qui a aussi pris en main la distribution de son disque en créant un nouveau circuit. «Lik’Oum», le nouvel album de l’artiste(*), stimulant et novateur mêlant soul, funk et sonorités R’NB, a coûté la bagatelle de 200 000 DH en production (entre studio, enregistrement et mixage à Paris). Laurent Foulon (patron de la boîte Los musique et mari de la chanteuse), n’a pas lésiné sur les moyens pour rendre, au mieux, la beauté de la voix de l’artiste. Et il fallait bien une diffusion à la hauteur de son travail. «Lik’Oum» sera distribué «là où tout le monde va», c’est-à-dire chez votre coiffeur, votre épicier, dans les bureaux de tabac, dans les hôtels..., une idée ingénieuse mais encore fallait-il y penser. Cela n’empêche pas sa présence «dans les circuits de distribution classiques», insiste le producteur n *«Lik’Oum» est disponible en format 45 tours, cristal ou low cost en carton à 13 DH.

1,5 million de DVD saisis en 2008!

En 2008, seulement, près de 1,5 million de DVD piratés ont été saisis par la police judiciaire. La lutte contre le piratage a même permis l’arrestation de 7 personnes en avril 2009. L’amende a été estimée à 8,3 millions de dirhams. Officiellement, 4 millions sur 32 millions de CD et DVD piratés au Maroc ont été saisis. Plus encore, sur les 24 studios d’enregistrement, opérationnels il y a quelques années, il n’en reste plus qu’une dizaine. Pis, le nombre d’unités de fabrication et de duplication des CD et cassettes est passé de 16 à 4 unités qui ne fonctionnent qu’à 15% de leur capacité. De quoi reconsidérer la tendance si bien acceptée du piratage.

 

Référence

La cultura musical de Marrueccos

 

Si les arts plastiques sont une petite entreprise qui résiste autant qu’elle peut à la crise, la musique semble n’en être jamais sortie. Pas de circuit de distribution en bonne et due forme, des maisons de disque et labels morts dans l’œuf, des droits d’auteur quasi inexistants… Bref, le petit monde de la musique patauge, comme à son habitude, en attendant de pouvoir se professionnaliser un jour, si Dieu le veut. Car si les stars de la chanson existent bel et bien, leur business est à la merci des dates qu’on leur offre. Outre les soirées privées et autres tournées organisées par des sponsors pour qui la musique n’est qu’un prétexte, les occasions pour nos artistes de se produire proviennent essentiellement des festivals, qu’ils soient consacrés aux groupes locaux ou sommés de remplir leur quota de musique marocaine à programmer.

Et c’est justement la saison qui démarre. Dans trois semaines, Mawazine, le plus grand festival du royaume, rythmera les soirées de Rabat et attirera des spectateurs des quatre coins du Maroc pour voir des stars des hits parades mondiaux, mais aussi des artistes orientaux et marocains pousser la chansonnette. “Près de la moitié des scènes est réservée aux artistes locaux”, nous explique une source de l’organisation du festival rbati. Les cachets de ces derniers oscillent selon leur notoriété. “Ça démarre à 20 000 dirhams et ça peut aller jusqu’à 100 000 dirhams, ajoute notre source. Mais quand il s’agit de big stars comme Samira Saïd, ça grimpe aux alentours de 300 000 dirhams, soit le cachet moyen des chanteurs orientaux”. Quant aux Occidentaux, ça va chercher encore plus haut. Exemple : le phénomène coréen Psy a négocié une rémunération d’un million de dirhams pour une demi-heure de son Gangnam Style. “Nous sommes conscients qu’il faut valoriser davantage les artistes marocains, confie notre interlocuteur. C’est pour cela que nous avons décidé dès cette année de doubler leurs cachets”. Voilà qui fera plaisir aux musiciens du bled.

Mais des opportunités comme Mawazine, Timitar à Agadir ou le Festival Gnaoua d’Essaouira sont aussi espacées qu’aléatoires. Généralement, les comptes en banque de nos musiciens restent souvent à sec. Ceux qui arrivent à tirer leur épingle du jeu – comprenez qui réussissent à jouer régulièrement, et donc à avoir un revenu ponctuel – sont invariablement les grands noms du chaâbi, de la musique amazighe et de la variété, aussi à l’aise sur une scène en plein air que dans un mariage cossu. La notoriété ne fait malheureusement pas l’artiste comblé : des musiciens issus de ce qu’on a appelé la “nouvelle scène” dans les années 2000, quasiment aucun n’arrive à vivre décemment de sa musique.

 

Moby Dick

Depuis 2007, Younes Taleb, aka Moby Dick, vit grâce à son art, le rap. Avant ça, il était revendeur de DVD. Aujourd’hui, il peut espérer toucher entre 15  et 60 000 dirhams pour une scène, en fonction des moyens de l’organisateur et des sponsors associés. Sauf quand il joue gratis, parce que l’évènement lui plaît, que le projet le motive. Les CD, eux, ne rapportent pas grand-chose : vendus à 39 dirhams l’unité, ils ne s’écoulent pas à plus de 5000 exemplaires. En 2012, notre rappeur a ainsi amassé environ 60 000 dirhams entre concerts et vente de CD. Restent les produits dérivés et les activités liées au hip-hop : l’accueil de jeunes pousses dans un studio d’enregistrement et le flocage de T-shirts affichant le logo du groupe, ce qui permet d’arrondir les fins de mois. Ce n’est pas Jay-Z, mais Moby Dick vit de sa passion.

 

Hamid El Kasri

Les cachets du maâlem gnaoui originaire de Ksar El Kébir oscillent en moyenne entre 12 et 40 000 dirhams : s’il est capable de jouer pour une somme dérisoire quand la demande émane d’un proche ou que le projet lui parle, le Gnaoui le plus patriote du moment écume aussi les soirées privées où l’argent coule à flots. Le musicien aux quatorze albums est aussi un habitué des festivals et donne une trentaine de concerts par an.

 

Dounia Batma

Tout s’enchaîne très vite pour Dounia Batma depuis son aventure à Arab Idol l’année dernière. Même si elle n’a pas remporté la finale de l’émission, la jeune Casablancaise a vu sa carrière décoller, et son compte en banque exploser. Son manager, basé au Liban, demande un cachet de 15 000 dollars pour chacune de ses prestations. Une somme impressionnante lorsqu’on sait qu’elle est en début de carrière et qu’elle n’a pas encore sorti d’album. Depuis mars 2012 et la fin d’Arab Idol, Dounia Batma a donné trois concerts au Maroc, qui lui ont permis de gagner dans les 400 000 dirhams. Sans parler de ses prestations dans les pays du Golfe, de ses apparitions télévisées ou encore des soirées privées.

 

Najat Aâtabou

Depuis plusieurs années, la diva du chaâbi draine des dizaines de milliers de spectateurs à chacun de ses concerts, que ce soit au Maroc ou à l’étranger, où elle compte de nombreux fans au sein de la communauté marocaine. Et cela, elle le sait, car elle se déplace très rarement pour un cachet de moins de 100 000 dirhams. La chanteuse est également parfois sollicitée dans le cadre de soirées privées ou de mariages. Chaque année, ses concerts lui rapporteraient en moyenne 1,5 million de dirhams.

 

Abderrahim Souiri

Il fait partie des artistes populaires les mieux payés du royaume. Ses concerts font toujours salle comble, ses apparitions à la télévision sont assez fréquentes et ses disques inondent désormais grandes surfaces et échoppes de DVD. Mais c’est bien lors de soirées privées que le virtuose d’Al Andaloussi réalise l’essentiel de ses revenus. Mariages, baptêmes, grandes réceptions… c’est un artiste très demandé qu’il faut booker plusieurs mois à l’avance, surtout durant la saison estivale où il peut se produire un soir sur deux pendant plus de deux mois. Son cachet ? “Il se déplace à partir de 100 000 dirhams par soirée, mais cela peut être beaucoup plus durant l’été par exemple”, confie un connaisseur. De plus en plus, Souiri se produit également en Europe, aux Etats-Unis et dans les pays arabes.

 

Mourad Bouriki

Devenu une célébrité arabe en l’espace de quelques semaines, le lauréat de The Voice, dans sa version arabe, ne roule pas encore sur l’or. Actuellement, il est installé aux Emirats arabes unis et se consacre à l’enregistrement de son nouvel album, sans donner encore de concerts publics. Il se produira ce mois-ci sur la scène Annahda de Mawazine, en première partie du Libanais Assi Hillany, moyennant un cachet de 25 000 dirhams pour 40 minutes de prestation.

 

Saâd Lamjarred

Il faut compter entre 30 et 50 000 dirhams pour l’inviter à se produire sur scène. Fils d’un chanteur, Bachir Abdou, et d’une actrice, Nezha Regragui, il s’est fait connaître en 2006 en atteignant la finale du télé-crochet libanais Super Star. Depuis, il a réussi à cartonner, notamment grâce à son single Salina, Salina. Et pour arrondir ses fins de mois, il fait régulièrement des numéros au cabaret tangérois Layali Al Ouns. D’après un autre artiste qui est passé par le même endroit, les cachets quotidiens ne sont jamais inférieurs à 500 dirhams… sans oublier la fameuse ghrama, donnée par les clients et qui dépasse de loin cette somme.

 

Mouna Amarcha

Avec sa compatriote Dounia Batma, elle partage le même label muscial, Platinium records.  Cette native de Casablanca a brillé de mille feux dans le Golfe après sa participation à l’émission Album en 2007. La presse locale parle de cachets oscillant entre 350 et 400 000 dirhams pour animer un mariage ou une fête privée. “Dans ces pays, les concerts privés sont très courants et font office de festivals personnalisés. C’est leur véritable source d’argent”, nous explique un manager local.

 

Cheikha Tsunami

La cheikha actuellement en vogue refuse catégoriquement de parler de ce qu’elle gagne. “Je gagne assez pour subvenir aux besoins de ma famille et parfois je peux travailler bénévolement”, se limite-t-elle à déclarer. Son entourage et quelques anciens clients sont plus bavards. “Pour un mariage, elle demande 15 000 dirhams pour elle et sa troupe”, confie une de ses connaissances. Ce tarif peut atteindre 20 000 dirhams, sinon plus, lors de la haute saison des mariages en été. Mais Tsunami a une autre source de revenus non négligeable : la ghrama dont le montant par soirée peut dépasser celui du cachet. En moyenne, elle anime deux soirées par semaine.

 

Ahmed Soultan

Depuis son triomphe aux MTV European Music Awards, Ahmed Soultan est devenu bankable. Les droits sur ses albums, clips et singles ont été cédés au label anglais Somum Records & Publishing, inscrit aux sociétés des droits d’auteur SACEM (France) et BMI (Grande-Bretagne). Ces dernières collectent et reversent pour lui des droits annuels qui s’élèvent à 150 000 dirhams. Par Ailleurs, Ahmed Soultan a signé une licence d’exploitation de ses chansons pour 90 000 dirhams au Maroc et 12 000 dollars avec Sony Music en Afrique du Sud.

 

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