La composition musicale moderne est relativement récente au Maroc. Les chanteurs ont pendant longtemps puisés dans le répertoire populaire et dans le melhoun, mais avec des instruments de musique occidentaux tels que violon, guitare, banjo et autres instruments à corde que refusaient les formations classiques. Les compositeurs, avaient eux aussi souvent fait des emprunts aux genres musicaux anciens aussi bien quant aux paroles à peine actualisées, qu'en ce qui concerne les musiques à peine transformées. 

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Feth Allah Lemghari et Abdelhadi Belkhayat (sources :Jil el Ghiwane)


Abdelhadi Belkhayat, (né en 1940 à Fès sous le nom de Zougari El Idrissi Abdelhadi), dit encore Belkhayat est un  chanteur ténor classique marocain. Il est devenu au cours de sa carrière la coqueluche de toute une génération dans les pays du Maghreb, de Tunisie voire encore en Libye et fait partie de ces artistes intemporels. Ses chansons sont transmises de génération en génération avec le même engouement. Pour preuve : jeunes et moins jeunes connaissent par coeur, "Qitar El Haya", "Matakchi biya", "Yadak al inssane" ou encore "Ya Bent Annass". Tous des succès intimement liés au nom de ce pionnier de la chanson marocaine. Il est une découverte de la radiodiffusion marocaine.

 

 

Biographie et évolution musicale

Né dans une famille tradutionnelle et conservatrice, il se retrouvera pourtant dès son plus jeune âge vers le théâtre et la musique. Il quitte sa ville natale pour s'installer à Casablanca. Une audition à la radio, le propulse rapidement sur la scène dominée à l'époque par Mohamed Fouiteh (de son vrai nom Mohamed Tadlaoui), Maâti Benkacen,  ou encore  Brahim Alami.

Ce n'est que dans les années 50 qu'Abdelwahab Agoumi donnera une touche moderne à la chanson marocaine tout en restant sous influence égyptienne. Il faudra attentre Mohamed Fouiteh pour que naisse  une véritable musique marocaine.

Abdelhadi Belkhayat impose son style avec un timbre de voix chaleureuse sur des mélodies d'influences orientales. Il représentait une nouvelle génération avec Abdelwahab Doukkali, Latifa Amal (soutenue à ses débuts par le grand Salim Hilali ), Mohamed El Hayani fascinée par l'Égypte et ses stars comme Oum Kalsoum,  Farid El Atrache ou encore Abdel Halim Hafez.


 


 

Il décide d'aller  à la conquête du pays des pyramides sous les auspices de nouveaux horizons. Il s'inscrit au conservatoire supérieur de musique arabe du Caire et trouve tant bien que mal sa place dans cette univers dominé par certains auteurs et compositeurs. Mais c'est la grande déception qui l'attend. Le dilemme étant de chanter en misriya ou rentrer bredouille. Il choisit la deuxième option. Les trois années (entre 1965 et 1967) passées là-bas lui permettent de se faire connaître du public égyptien.

Nombreux égyptiens se rappellent encore de son passage et regrettent qu'il ne soit pas resté. Parallèlement au chant, Abdelhadi Belkhayat tente l'aventure du  cinéma. Le réalisateur Abdellah El Mesbahi lui confie un rôle dans le film "Samt, ittijah Mamnouaê" (Silence, direction interdite). Il a également joué dans "Addouniya Nagham" (La vie est une mélodie) aux côtés de l'artiste libanais Walid Taoufiq et la chanteuse marocaine Naïma Samih.

En 1973, il reçoit un vif succès  sur la scène de l'Olympia de Paris. A cette  époque, il tente une carrière cinématographique avec deux rôles proposés par le réalisateur marocain Abdellah Mesbahi : "Silence sens interdit" (1973) et "où cachez-vous le soleil?" (1979) où il partage la vedette avec Abdelwahab Doukkali.  Ces films, tournés entièrement au Caire, sont restés inédits au Maroc.

Il multiplie les collaborations avec des auteurs comme Ahmed Tayeb Elalj et Abderrafiî Jaouahiri et son compositeur favori Abdeslam Amer qui ont su populariser son côté classique tout en lui apportant une touche chic et romantique. El Qamar el ahmar, Fi Qalbi jarh q'dim, Aouni nensak sont de grands classiques du patrimoine marocain.

 La voix puissante de Belkhayat présente l'avantage de s'adapter à différents genres musicaux. Il peut passer de la plus difficile Qasida de Mohammed Abdelwahab au plus populaire des airs de Houcine Slaoui. Le succès continuera jusqu'à la fin des années 80 où il entame une période mystique et se consacre exclusivement aux psalmodies coraniques. Il se retire dans une mosquée casablancaise et fait l'imam pendant quelques années. Ses fans, pendant ce temps, continueront à répéter le refrain de son qitar El hayat, son dernier véritable succès, tout en le considérant comme le dernier mythe marocain vivant, au même rang que les prestigieux  Nass El Giwane ou encore les Jil Jilala.

Le 28 mars 2009, il se présente en concert à Paris pour soutenir les enfants de Gaza, le 12 avril 2009, il est accueuilli pour une représentation unique au Palais de Beaux Arts à Bruxelles devant un public tonitruant de joie !

Belkhayat est légendaire parce qu’il est bien présent par la force de son discours musical toujours actuel, transcendant les genres et les formes, en grand maître de l’interprétation et des prouesses techniques.

Il sait envoûter son public jusqu’à l’essouffler. Ne manquez surtout pas la chance de vivre une expérience unique, celle de côtoyer un monument de la chanson traditionnelle arabe… pour toute une soirée !

Après plus d’un demi-siècle, Belkhayat reste un artiste apprécié et sollicité.

«La chanson marocaine de l'époque des années de plomb : une époque maudite pour certains (bénie pour d'autres) … où il faisant bon d'écouter des heures durant la même chanson qui n'en finissait jamais et où l'on parlait de fleurs, d’oiseaux et de sentimentalisme kitsch ; loin très loin de la réalité tragique d’un peuple vivant sous le joug de la dictature du makhzen. Mais rien n’a changé depuis, sauf bien évidemment la durée des chansons, modernité oblige !

 

Sources

Tag(s) : #Musiques marocaines
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