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Nouba

Nouba

La nouba, ne signifie pas vraiment une noce, une bombance, une java...et encore moins la musique militaire de tirailleurs d'Afrique du Nord comportant des instruments indigènes (dixit le Petit Robert). La nouba est d'abord une musique savante arabe et construite. Déjà connue dans la littérature abbasside, le terme va depuis cette époque plusieurs sens.

On définit généralement la nouba ou encore transcrit nawba comme une longue suite de pièces vocales et instrumentales provenant des fondements de la musique arabo-andalouse.

Celles-ci sont associées à des structures rythmiques et à des modes particuliers mais sur des rythmes différents ; la waslah se compose également de cinq parties, dont la quatrième est constituée par le taqsim (improvisation), instrumental puis vocal dont l'origine remonte au IXe siècle. À cette époque, un musicien célèbre de Bagdad, Ziryab (surnommé le Merle noir), avait dû fuir son pays et trouver refuge à Cordoue, en Espagne, pour échapper aux menaces d'un musicien de cour jaloux et influant.

On a émis sur l'origine des Nouba différentes hypothèses. En soi, le mot nouba signifie aussi bien évènement, tour de rôle. On l'a accepté comme synonyme du mot Senaa «métier par excellence ». Effectivement à Tlemcen la musique andalouse est classée par senaa Dil, Reml, etc. Comme elle est à Alger en noubat Dil, Raml, etc.

Une particularité des Noubas qui ne doit pas passer inaperçue est l'ordre dans lequel les musiciens les jouent. Il n'est pas indifférent de faire entendre telle ou telle nouba au gré des assistants ou des musiciens : il y a une règle formelle qui fixe à quel moment du jour ou de la nuit sera chantée chaque nouba.

Les noubas, hélàs se jouent de plus en plus souvent en grande formation qui singent les orchestres symphoniques occidentaux, quitte à perdre la spontanéité qui faisait tout le charme d'une époque révolue.

 

Origine

En Andalousie, Ziryab composa les noubas, qui allaient devenir la base de cette musique fondée sur les intervalles des gammes modales et monodiques qui exploite aussi bien les virtuosités instrumentales que vocales. Cette musique savante constitue la source dans lequel sont nés plus tard les styles populaires tels que le chaâbi, l'hawzi ou encore l'aroubi. Si les noubas sont au nombre de 24, c'est parce qu'à chaque moment du jour est associée une musique précise régie par des règles particulières. Les noubas sont transmises par la tradition orale. la plupart de ces dernières se sont éteintes au cours des guerres, des déplacements de populations et du temps qui passe. Selon l'école d'Alger, il n'en resterait de nos jours que douze; mais la Tunisie en compte treize, le Maroc douze et quinze à Tlemcen en Algérie mais ces noubas disparues qui circulent toujours actuellement dans le milieu musical de cette ville, et sont parfois considérées par la majorité des musicologues comme douteuses au niveau de leur authenticité.

 

Qu'est-ce qu'une Nouba ?

Il s'agit d'une longue suite de morceaux musicaux instrumentaux et vocaux composée de plusieurs poésies, de rythmes et de rimes différents, mais dont la composition musicale puise dans le même mode tels par exemple les Sika, Zidane, Raml, Mezmoum...par des rythmes successifs et évolutifs selon un ordre convenu, à savoir du plus lent, au début, au plus rapide à la fin.

Chacune de ces pièces exprime un poème lyrique, riche et varié, avec des techniques musicales très judicieuses et très significatives. la Nouba se compose de neuf mouvements (qui peuvent inclure près de 40 pièces). A chacun de ces mouvements est associé un rythme spécifique, qui se décline lui-même en plusieurs modes. Ajoutez à cela les disparités géographico-culturelles et vous aurez une vague idée de la complexité, de la richesse de cette musique savante. L'orchestre de la musique al-âla comprend souvent violon, rebab, oud, violoncelle, alto et percussions (les instruments à archet étant souvent présents en plusieurs exemplaires) et un ou plusieurs chanteurs.

Du fait de sa longueur (jusqu'à 8 heures de musique), une nouba n'est presque jamais jouée dans son intégralité. Cette forme peut donc être considérée comme étant à géométrie variable, le chef de l'ensemble ayant pour rôle de choisir et d'agencer les différentes pièces (sanaâ) de manière harmonieuse.

Comme le veut l'usage, la nouba s'exécute avec accélération. Ses poèmes essentiellement dialectaux brodent sur deux thèmes classiques du genre : l'amour personnifié par l'absence et l'attente qui génère la passion. En ce qui concerne les 12 noubas décrites comme complètes, elles ne disposent pas toutes d'ouvertures, appeléstouchya (l'école de Tlemcen dispose d'un nombre de touchya plus élevé que dans les autres écoles) et qui constituent le prélude aux noubas ou suites. 

 

 

La Mechalia ou Touchiat ettaq’îd – qui annonce le mode de la nouba - est une introduction instrumentale où le chef d’orchestre – ou le cheikh – grâce à un jeu de gammes exécutées dans un ordre harmonieux, permet aux musiciens de s’assurer du bon accord de leurs instruments -À défaut de la méchalia, un prélude ou istikhbar exposant le mode fait, en général, de répliques instrumentales données en solo et parfois se chevauchant les unes les autres en un désordre harmonieusement concerté.


Selon Jules Rouanet, dans son étude sur la musique arabe du Maghreb qui se référe à des souvenirs de vieux musiciens d’Alger, les noubas Dil et Ghrib étaient précédées d’une daira, sorte de court prélude vocal exécuté sans accompagnement d’instruments de percussion et consistant en une vocalisation des mots “ya lalan” .

 

• Une Touchia est une ouverture instrumentale jouée à l’unisson qui, au même titre que la mechalia, indique la nouba doit suivre.

• Enfin, un ample dialogue entre la musique et le chant, développé en cinq mouvements successifs allant du largo au final. Ces mouvements sont (avec les mesures et rythmes en usage au sein de l’Ecole d’Alger notamment) : - le M‘cedder 4/4 lent – le Btahi 4/4 moins lent que le M‘cedder –le Derdj 4/4 plus léger que le B‘taihi – el Ensraf 5/8 ou 6/8 légèrement boiteux – le Khlass 6/8 final vif.


Chacun de ces mouvements, hormis le Klass, est précédé d’une introduction instrumentale appelée Koursi qui lui est propre, mais qui malheureusement ne se trouve pas dans toutes les noubas. Pour clore une nouba, il arrive que se chante, sur le mode de cette dernière, une Quadria constituée par deux distiques dont la mélodie et le texte rompent avec le cérémonial de la nouba.Les Quadriates sont au nombre de huit – Djarka – Ram el maya – Zidane – Aâraq – Sika – M’quentra – Moual – M’djenba. Il faut noter l’absence d’une Quadria Mezmoum pour faire suite à la nouba du même mode.


  Du fait de l’existence dans la nouba Ghrib d’une touchia jouée sur le rythme de l’insraf, on a été amené à penser que, dans le passé, chaque nouba devait probablement comporter une touchia lente en ouverture et une touchiat el ensrafate précédant celle-ci.


À Tlemcen, les noubas H’sine et Ghrib se terminent par une pièce instrumentale appelée Touchiat el kamal. À l’origine, il existait 24 noubates, dont chacune s’insérait dans une heure déterminée du jour ou de la nuit.

Dans son étude sur la musique, Rouanet en a établi la nomenclature comme suit : 1 dil - 2 m’djenba - 3 h’sine - 4 raml - 5 raml el maya - 6 raml el âchia -7 ghrib - 8 sika - 9 rasd - 10 rasd eddil - 11 mezmoum - 12 maya - 13 aâraq - 14 r’haoui - 15 djerka - 16 ghribet el H’sine - 17 maya faregh - 18 zidane - 19 esbihan el kabir - 20 esbihan essaghir - 21 el âchaq - 22 h’sine achirane - 23 h’sine asel - 24 h’sine saba.

De ces 24 noubates il ne subsiste plus aujourd’hui que quinze, sur lesquelles, douze seulement offrent matière à l’exécution d’une suite complète ce sont : -dil (sur le mode moual) – m’djenba (sur le mode zidane) – h’sine (sur le mode aâraq) – raml el maya (sur le mode raml el maya) – raml (sur le mode zidane) – ghrib (sur le mode aâraq) – zidane (sur le mode zidane) – rasd (sur le mode raml el maya ou mezmoum) – mezmoum (sur le mode mezmoum) – sika (sur le mode sika) – rasd eddil (sur le mode moual) – maya (sur le mode moual).

Dans les trois autres, il ne reste que l’ensref et, parfois, le khlass. Ce sont – djarka - aâraq - moual. Il convient, toutefois, de préciser qu’hormis ce chiffre de quinze noubates généralement retenu, nous possédons encore la touchia de la nouba ghrib el H’sine et des enklabate, ensrafate et khlassate de la nouba R’haoui mais aux thèmes strictement religieux.

Par ailleurs, dans son répertoire de musique arabe, Edmond YAFIL classe distinctement la nouba aâraq où se trouvent des morceaux intégrés dans la nouba h’sine. Ce phénomène a dû se produire pour d’autres noubate, comme, par exemple, pour les noubate, raml et raml el âchia. De ce fait, nous pouvons conclure que certaines noubate ont disparu parce qu’elles se sont appauvries, mais pour enrichir d’autres relevant du même mode.

Il est courant de constater que les heures de l’après-midi et de la nuit sont les plus propices à l’écoute de la musique. C’est ainsi que la disparition de certaines noubates, due aux aléas de la transmission orale, peut s’expliquer par le fait que ces dernières se jouaient en dehors de ces heures, si l’on tient compte du strict respect des règles observées, alors, par les maîtres.

À titre tout à fait indicatif et sans les situer dans des heures précises comme cela se produisait à l’origine lorsqu’il existait les 24 noubate, que celles qui subsistent aujourd’hui doivent, normalement, être interprétées selon les indications ci-après : Raml : entre 18h et 20h Raml el maya : entre 20h et 22h H’sine : entre 22h et24h Dil, M’djenba : entre 23h et 1h Ghrib, zidane : entre 24h et 2h30 Rasd eddil : entre 2h30 et 3h30 Maya : entre 3h et 5h Il faut ajouter que certaines noubate peuvent se jumeler (mazdj) dans l’ordre (1-2) indiqué sous- dessous : 1) Dil -2) Mdjenba 1) Raml el maya -2) Raml 1) Ghrib -2) Zidane 1) Rasd -2) Mezmoum 1) Maya - 2) Rasd eddil. À l’exception, des noubate H’sine et Sika qui s’interprètent seules.

La deuxième partie du répertoire est composée d’une floraison de pièces indépendantes les unes des autres, empruntant leur texte aux mouwachahate et aux zedjel, et chantées sur un mouvement généralement léger et sur des mesures variées (2/4 2/4 4/4 5/4 6/4 7/4). On les appelle les inklabate.

Leur mélodie est basée sur les sept modes classiques fondamentaux. Bien qu’indépendantes, elles peuvent donner lieu à l’exécution d’une suite ingénieusement composée de modes et de rythmes différents appelés : noubate el enklabate ou salslate el enklabate, précédée, parfois d’une ouverture instrumentale dénomée Bachraf ou Tchanbar.

 

Les différents mouvements constituant une nouba complète et qui vont en s'accélérant, sont les suivants :

  • 1- Matchalia (ou TEMRINA ou TERYICHA) : prélude instrumental arythmique est une sorte de prélude ou d'exposition non mesurée du thème général, jouée par les instruments dans le mode choisi, invitant l'attention de l'auditoire et le conditionnant, suivie d'une ouverture.
  • 2- Touchya : C'est une ouverture instrumentale rythmée. Elle est exécutée par tous les instruments de l'orchestre. Pour inventer une Touchya par exemple, il faut s'imprégner de la structure compositionnelle de cette Touchya : nombre de mouvements doublés ou non doublés, mode de liaison ou d'articulation avec des syntagmes existants dans d'autres ouvertures (exemple : entre Touchya zidān et Touchya sika...). Elle est composée sur un rythme binaire ou quaternaire (2/4; 4/4).
  • 3- Koursi : introduction instrumentale rythmée pour la partie suivante.
  • 4- M'çaddar : entrée mixte (vocale et instrumentale), rythme d'une très douce lenteur. Le M' çaddar est suivi d'un koursi, nouvelle ritournelle instrumentale qui annonce la transition et prépare une nouvelle série de mélodie portant le non de Btayhi qui se chante sur un mouvement encore assez lent, mais moins majestueux que celui du M'çaddar.
  • 5- Koursi : ritournelle instrumentale intermédiaire entre le M'çaddar précédent et le B'Taihi suivant.
  • 6- B'Taihi : mélodie à exécution mixte, rythme lent mais moins que celui duM'çaddar avec alternance du chœur et de l'instrumentation, laisse ressortir une accélération progressive d'un couplet à l'autre, peut devenir soudainement aussi lent que le M'çaddar à la fin de la mélodie.
  • 7- Derdj : Sorte de complainte chantée en chœur sur un rythme lent. Exécution mixte, rythme de plus en plus léger. la partie chantée est lente mais pas aussi lente que dans les deux premiers mouvements: M'çaddar et B'taïhi.
  • 8- Istikhbar : arrêt complet de l'exécution de l'ensemble et prestation vocale et instrumentale de solistes, sans rythme.
  • 9- Insiraf (pluriel N'SRAFATES) : Mélodie à exécution mixte, rythme plus léger avec alternance du chœur et de l'instrumentation. C'est une mélodie chantée et jouée sur un mouvement alerte où les poèmes deviennent plus gais évoquant l'amour, la nature, les oiseaux, les réunions entre amis,.... Les insirafates sont procédés d'un Koursi.
  • 10- Makhlass (ou Kholass ) : exécution mixte, rythme très léger, appelant a la danse. Il apporte la conclusion de la nouba, se joue sur un air au rythme vif. (coda évoquant quelque peu la gigue baroque) - en passant par les longs chants poétiquessanaa (littéralement "bel ouvrage")

 

Noubas constituant le répertoire de la musique andalouse de l'école Tlemcenienne

  • Sika (ou Siga) : nouba considérée comme complète - mechalia, touchya, M'çaddar,B'Taihi, derj, insiraf et kholass), avec ses différents cycles rythmiques, tenant à faire distinguer entre les trois styles musicaux les plus connus (Alger, Constantine et Tlemcen)
  • Ghrib Nouba considérée comme Complète)
  • H'SINE ( Nouba considérée comme complète)
  • Zidane : Nouba considérée comme complète qui comprend les noubas « Zidane », « Raml » et « M'jenba »
  • Dil (nouba considérée comme complète) - La Nouba Dil se joue à l'aurore, le matin, avant le lever du jour. La poésie choisie pour ce mode décrit le réveil de la nature, le chant des oiseaux, la brise matinale, l'éclosion des fleurs, l'apparition des premières lueurs du matin derrière les montagnes, le mouvement des êtres et des choses, la manifestation de la vie. Le soleil n'est pas encore levé et le cœur se trouve indécis, balançant entre le réveil et l'insomnie. Mais l'espoir d'un jour heureux et faste est prédominante.
  • Rasd dil (Nouba considérée comme Complète)
  • RAML (ou Raml El Aachiya) ( Nouba considérée comme Complète)
  • RAML MAYA ( Nouba considérée comme Complète)
  • Mezmoun Nouba considérée comme complète comprenant une seule nouba, le Mezmoum
  • MAYA ( Nouba considérée comme Complète).

GHRIBET LAHSINE (Nouba considérée comme complète du fait qu'elle peut 's'alimenter' au niveau des deux modes Ghrib et H'sine)

Noubas signalées comme incomplètes du fait qu'il leur manque un ou plusieurs éléments, disparus dans le temps.

  • MEDJENBA ( Nouba considérée comme incomplète)
  • RASD ( Nouba considérée comme incomplète)
  • Aarak : Nouba considérée comme incomplète avec ses deux noubas, « H'sine » et « Ghrib »avec ses deux noubas, « H'sine » et « Ghrib »
  • DJARKA ( Nouba considérée comme incomplète)
  • ASBAHATES ou SABAH AAROUS ( Nouba considérée comme incomplète)
  • Mawwâl : Nouba considérée comme incomplète qui comprend les noubas « Maya », « Dil » et « Rasd dil »

Exemples

Noubat reml el Achia l'après midi vers 17h. Les paroles célèbrent l'aspect de la nature, des champs au moment où le soleil va descendre à l'horizon etc.... Un M'çaddar de la nouba chante ceci : « Voici le soir, le soleil incline ses rayons dorés vers le couchant. Les ruisseaux roulent leurs ondes à travers la compagne verdoyante. Les oiseaux gazouillent. Les fleurs embaument l'air....... ».

Noubat el maya le soir à partir de 3 h du matin. Un M'çaddar de la nouba Maya: «Réveille-toi de ton sommeil. La bougie brille encore. Ô étoile du matin, salue de ma part celle qui est la lumière de mes yeux...».

 

 

 

Références utiles

  • Habib Hassan Touma (1996). The Music of the Arabs, trans. Laurie Schwartz. Portland, Oregon: Amadeus Press. ISBN 0-931340-88-8.

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