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Le système musical du maqâm

Le système musical du maqâm

Le maqâm - en arabe مقام, en turc makam - est un terme sémitique et un concept empirique signifiant à la fois un système musical général (mode, gamme musicale) et ses applications inhérentes à la grammaire générative de la pensée musicale arabo-turque. Ce mot désigne à la fois un système mélodique oriental et ses applications particulières. Quelques maqam, dont le maqam irakien ou maqam de Bagdad, sont considérés comme un genre musical.

Origine

Durant la période préislamique, le poète-musicien détient une place de choix dans la société bédouine. Avec l'avènement de l'islam et l'établissement de la dynastie des Omeyyades (661), puis de celle des Abbassides (750), la musique chantée occupe une place prépondérante dans l'instruction de tout homme cultivé. Les musiciens contribuent au raffinement de l'art ; désormais, on exige d'eux du talent, de la créativité et de la sensualité. Depuis le xiie siècle, le terme générique de maqam (« situation, position ») est employé pour définir un genre musical, étroitement lié à la poésie et à ses lois formelles et prosodiques, fondé sur la voix, dont la composition mélodique et l'organisation rythmique est propre aux pays de tradition arabe (voir musique arabe ; musique islamique).

Le mot maqâm, qui, dans un premier temps, signifiait le lieu où se jouait la musique a été, par la suite, retenu au Machrek pour désigner la modalité. Maqâm signifie littéralement "station", station d'une échelle mélodique en l'occurrence. Il s'agit donc d'une organisation des échelles mélodiques [1].

 

Mahmoud Guettat définit le maqâm (ou tba`) comme étant "une entité mélodique autonome se mouvant dans un ((univers musical)) particulier, dont les structures internes obéissent à une série de lois consacrées à la fois par la tradition, le goût et les inflexions dialectales et phonétiques propres au génie de chaque groupe social" (source).

La première question qui se pose est la suivante : quel rapport y a-il entre la maqâma et le thème du voyage ? Quand on cherche à parler de voyage dans la littérature arabo-musulmane, on pense beaucoup plus à la rihla qu'à la maqâma. Celle-ci tire son nom d'une racine qui est plutôt statique. La Maqâma vient de qâma/ yaqûmu et aqâma/ yuqîmu fi-l-makân c'est soit se mettre en position debout sans mouvement, soit résider pendant une longue durée quelque part. On est debout et pas assis contrairement à ce que suggère la traduction des maqâmât par « séances » qui vient plutôt de l'ancien verbe seoir (12e siècle) qui donne le participe présent séant et le substantif séance nous explique sur son blog Monsieur Saadane Benbabaali, Maître de conférences à Paris 3 Sorbonne

Cette structure modale de la musique savante arabe associe une échelle musicale évoluant selon une structure mélodique liée à des points de repère, un sentiment et une symbolique. Le terme et le concept sont communs aux musiques persane, arabe et turque. Dans la musique persane, le maqâm ou magham est caractérisé par trois notes : la note témoin (shâhed) base de la progression mélodique, la note variable (moteqayyer) dont la hauteur varie au cours du mouvement et la note d’arrêt sur laquelle se fonde toute interruption de la musique. La note d’arrêt final est suivie d’un motif (foroud) servant à revenir à l’intonation initiale (cf. « Radif »).

A la différence du système des "gammes" (majeures, mineures...) telles qu'on les conçoit et les utilise en occident, le maqâm est plus qu'un système d'intervalles, il organise les intervalles entre chaque notes, certes, mais également les cheminements à l'intérieur de cette "échelle" modale, et ce sur plusieurs octaves. Sur ce point, le maqâm se rapproche beaucoup du système des râgas dans la musique classique indienne.

S'il est virtuellement possible d'imaginer une infinité de déclinaisons sur ce principe, quelques dizaines seulement sont régulièrement utilisées et possèdent un nom. Il s'agit là de la deuxième définition du maqâm, qui correspond  aux intervalles utilisés et de parcours mélodiques singuliers, obéissant à des règles mathématiques et esthétiques propres. Dans ce cas nous pouvons alors désigner chaque système d'intervalle et de parcours par un nom qui lui est propre et s'y réfère : Hidjaz, Huseynî, Bayatî ...

De nombreux maqâms, à la différence des échelles occidentales "tempérées" (chaque intervalle est égal sur la base arbitraire de 11 intervalles sur une octave naturelle), possèdent des intervalles avoisinant le 3/4 de ton. Concrètement, cela reviendrait à définir un intervalle supplémentaire entre le si et le do par exemple. Nous pourrions alors jouer la - cet intervalle - do et obtenir une "couleur" particulière correspondant à l'une de grandes "familles" de maqâm.

Chaque maqâm possède une couleur, un sentiment particulier. Les compositions basées sur ces maqâms constituent la base de la musique dites "savantes", urbaines, en opposition aux musiques dites "populaires", d'avantage représentées dans les campagnes.

Ce système modal complexe se décline ainsi du Maghreb à la Chine, et constitue un corpus théorique d'une grande richesse, celui de la musique savante ou "classique".

Issues d'un tronc musical commun remontant au XVIIe siècle, 3 branches représentent aujourd'hui les principales déclinaisons de ce système modal qu'est le maqâm : - le maqâm persan (Iran) - le maqâm arabe - le maqâm ottoman (Turquie).

On reconnaitra à l'écoute des différentes interprétations d'un "Bayatî" ou d'un "Huseynî" à la fois des bases communes et des spécificités entre ces 3 grandes "écoles" persane, arabe et ottomane.

Structure du maqâm

Le maqâm est composé de plusieurs sous-ensembles de 3, 4 ou 5 cordes (tricorde, tetracorde ou pentacorde) appelés genres ou nœud (ce dernier terme étant plutôt réservé aux pentacordes). Ces genres portent les noms des familles de maqâms. C'est le 1er genre d'un maqâm qui détermine sa famille. Ainsi les maqâms commençant par le genre Bayati appartiennent à la famille Bayati.

 

Tempérament

Bien que utilisant les mêmes maqâms (même nom et même structure), les musiciens des différentes contrées n'utilisaient pas les mêmes hauteurs (fréquences) pour les mêmes notes. Ceci a été mis en évidence lors du 1er Congrés de la musique arabe en 1932[2] Plus tard, des expériences menées par le musicien Salah El Mahdi (1966) [3] ont montrés que des altérations étaient utilisées pour abaisser ou augmenter le ton de :

  • 2/10 de ton
  • 3/10 de ton
  • 4/10 de ton


De nos jours, pour des raisons de commodité, les altérations sont arrondies au ¼ de ton et on n'utilise que deux altération pour représenter le demi-bémol et le demi-dièse.

Ajam  tricorde commençant avec si
Image:Arabic maqam jins ajam.jpg
Bayati tétracorde commençant avec ré
Image:Arabic maqam jins bayati.jpg
Hijaz tétracorde commençant avec ré
Image:Arabic maqam jins hijaz.jpg
Kurd tétracorde commençant avec Ré
Image:Arabic maqam jins kurd.jpg
Nahawand:tétracorde commençant avec do et qui correspond au 1er tétracorde du do mineurImage:Arabic maqam jins nahawand.jpg 
Nikriz pentacorde, commençant avec do
Image:Arabic maqam jins nikriz.jpg
Rast tétracorde, commençant avec do
Image:Arabic maqam jins rast.jpg
Saba tétracorde, commençant avec ré
Image:Arabic maqam jins saba.jpg
Sikah  tricorde, commençant avec mi
Image:Arabic maqam jins sikah.jpg

 


Liste des Maqâms les plus couramment utilisés

  • Ajam: Ajam, Jiharkah, Shawq Afza (terme qui désigne « ce qui n'est pas arabe »)
  • Sikah (du perse Se-gah qui veut dire 3ème son): Bastanikar, Huzam, Iraq, Mustaar, Rahat El Arwah, Sikah, Sikah Baladi
  • Bayati: Bayatayn, Bayati, Bayati Shuri, Husseini, Nahfat, Nawa
  • Nihawand (du nom d'une ville perse): Farahfaza, Nahawand, Nahawand Murassah, Ushaq Masri
  • Rast (en perse : principal): Mahur, Nairuz, Rast, Suznak, Yakah
  • Hijaz: Hijaz, Hijaz Kar, Shadd Araban, Shahnaz, Suzidil, Zanjaran
  • Saba: Saba, Saba Zamzam
  • Kurd: Kurd, Hijaz Kar Kurd
  • Nawa Athar: Athar Kurd, Nawa Athar, Nikriz


Formes de compositions ornant un maqâm :

  • Bashraf
  • Dawr
  • Doulab
  • Longa
  • Maqtou'a Mousiqiyya
  • Mawwal
  • Muwashah
  • Qadd
  • Qasida
  • Samai
  • Tahmila
  • Taqsim
  • Wasla

Liens internet

Notes

  • 1. Il existe plus de 120 modes appelés "Maquamat" (pluriel de "maqam"). Le terme et le concept sont communs aux musiques persane, arabe et turque. Dans la musique persane, le maqâm ou magham est caractérisé par trois notes: la note témoin (shâhed) base de la progression mélodique, la note variable (moteqayyer) dont la hauteur varie au cours du mouvement et la note d'arrêt sur laquelle se fonde toute interruption de la musique. La note d'arrêt final est suivie d'un motif (foroud) servant à revenir à l'intonation initiale.
  • 2. On a donnée le La a plusieurs joueurs de qanûn de renommée et on leur a demandé d'accorder leurs instruments.
    .
  • 3. Les expériences consistaient à analyser les spectres de fréquences d'enregistrements de musiciens de renommée de différents pays. Cette approche ne laissait aucune place à la subjectivité. Les résultats ont été représentés lors du séminaire du Goethe-Institut tenu en 1968 à Bayrouth, Liban. 6 symboles ont été ajoutés pour représenter les altérations.

 

Bibliographie

  • Marcus, Scott Lloyd, Ph.D.(1989). Arab music theory in the modern period, Ph.D. Dissertation, University of California, Los Angeles. Published by U.M.I. 300 N. Zeeb Rd., Ann Arbor, MI 48106.
  • Touma, Habib Hassan (1996). The Music of the Arabs, trans. Laurie Schwartz. Portland, Oregon: Amadeus Press. ISBN 0-931340-88-8.
  • Racy, Ali Jihad (2003). Making music in the Arab world : the culture and artistry of arab. Publisher: Cambridge ; New York : Cambridge University Press. ISBN 0-521-30414-8.
  • el-Mahdi, Salah (1972). La musique arabe : structures, historique, organologie. Paris, France: Alphonse Leduc, Editions Musicales. ISBN 2-85689-029-6.
  • Lagrange, Frédéric (1996). Musiques d'Égypte. Cité de la musique / Actes Sud.ISBN 2-7427-0711-5.
  • Maalouf, Shireen (2002). History of Arabic music theory, Faculty of Music, Université Saint-Esprit de Kaslik, Lebanon.