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Le Samâa dans le contexte de la musique soufie

Le Samâa dans le contexte de la musique soufie

Ce terme revêt la signification du mot Audition et ayant deux acceptions particulièrement importantes.

  • Les séances de concerts spirituels auxquelles se livraient les confréries soufies afin d'atteindre l'extase. Le samâa eut plus ou moins d'importance selon les confréries. Dans tradition des soufis l'audition mystique et spirituelle et plus particulièrement celle de la musique dans le but d'accéder à un état de grâce ou d'extase s'achevait dans la plénitude. Cet art islamique jouit d'un grand prestige aussi bien pour son caractère religieux qu'artistique.
  • Audition d'un cours que donnait un professeur commentant un ouvrage généralement de Fiqh. On trouve fréquemment à la fin des manuscrits des mentions de cette audition appelée certificat d'audition, qui permettent de savoir que tel livre a fait l'objet d'un enseignement à telle date, à tel endroit et de la part de tel personnage. Ces certificats permettent notamment d'établir les liens ayant existé entre maîtres et disciples et de retracer par ce moyen les conditions de transmission de certains courants de pensée au sein de l'islam.

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Comme les chiites, opposants à l'islam majoritaire sunnite, les soufis vénèrent Ali, cousin et fils adoptif de Mahomet dont il épousa la fille Fatima. Ali fut assassiné en 661 par un soldat issu des tribus rebelles qui s'étaient approprié la succession de Mahomet. Il eut deux fils, Hassan et Hussein. Ce dernier devint martyr en périssant en 680 à Kerbela sous les coups des troupes ommeyades - c'est le drame raconté par le Tazieh, théâtre populaire et chanté d'Iran, pays d'obédience chiite. Les chiites croient également en un douzième imam, l'Immam caché, qui reviendra à la Fin des temps pour rétablir l'équité et la prospérité. Pour les soufis, Ali et Hussein sont devenus les chefs d'une tradition mystique où l'on trouve également des traces d'influences chrétiennes, zoroastriennes, hindoues, et qui se pratique également au Maroc. La liberté, revers d'existence motive les soufis. Ils préfèrent l'intuition à la raison en donnant une interprétation allégorique du Coran. La musique et la danse sont des moyens efficaces de parvenir à la communication avec le divin. Ils ont recours au rythme, comme les derviches tourneurs turcs ou les gammalis pakistanais pour approcher Allah.

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Marouane Hajji, jeune prodige soufi de Fès 

Le Samaa de Fès a su traverser les siècles en s'enrichissant par l'arrivée des Arabes d'Andalousie après la chute de Grenade en 1492 et par leur musique dite andalouse. Le flux ininterrompu des assoiffés de savoir à Fès, a permis aux chanteurs de rester en contact avec la musique de l'orient arabe. Toutes ces influences musicales poétiques, une fois tamisées à Fès, ont créé un genre musical original, local et en perpétuelle évolution. Le Samaa a pu nous parvenir, riche et authentique. Il a su plaire aux fervents des belles mélodies arabo-andalouses et cohabite avec l'orthodoxie musulmane en louant Allah et son Prophète (P.S.).

Décrire le samâ' et le dhikr soufi en tant que pratiques dévotionnelles serait simple s'il suffisait de se référer à une ou deux traditions actuelles ou encore à quelques traités classiques remontant à plusieurs siècles. Mais depuis les premiers usages du samâ' vers le Xème siècle, les formes et les usages de la musique se sont considérablement multipliés, tout comme les méthodes spirituelles et les types de mystique ou d'ascèse musulmanes se sont diversifiées à l'infini. En examinant quelques grands types de dh dhikr et de samâ', cette communication veut montrer en quoi diffèrent leurs objectifs et les représentations qui y sont associées. Ces pratiques s'accompagnent d'états allant de la « conscience océanique » jusqu'à la possession par des esprits, de la vision des mondes supérieurs jusqu'à la présentification des âmes des saints ou la convocation d'esprits auxiliaires.

Entre l'absorption dans l'Unité, le contrôle de forces animistes et la transe-thérapie, le spectre est très étendu, et les frontières pas toujours très nettes. La musique, la danse, les textes et les représentations contribuent à brouiller les pistes. La musique de transe est une tradition bien ancrée dans l’Islam. La tradition musulmane a toujours associé étroitement la musique et la transe, plus particulièrement dans les confréries soufies qui vise à la communion directe entre l’homme et Dieu[1]. Pour les soufis la transe tient une grande place dans la quête spirituelle et met en communication directe avec Dieu ; la transe s’obtient souvent par la musique.

Les soufis ont développé deux cérémonies associant la musique à leur quête spirituelle :

  • le samaa
  • le dikhr

On attribue à Sultân Veled les premières compositions musicales du Samâa. Ce répertoire s'est augmenté au fil de l'histoire, intégrant même des rythmes frenki suite à une influence musicale française à la Cour de Soliman.

Le chant soufi a cappella est constitué d' un ensemble de poèmes composés par les plus grands saints de l'Islam à travers l'histoire.

C'est une expression sincère des états les plus purs du cœur. Ses thèmes tournent autour de l'amour de Dieu et de son Prophète et les grandes idées soufies. Ils véhiculent et communiquent à ceux qui les écoutent des significations subtiles et une aspiration spirituelle qui orientent les esprits vers la source divine. Ils suscitent chez celui qui se trouve en état d'ouverture et de réceptivité spirituelle (hâl), des états intérieur qui correspondent à ce que les soufis nomment émotions extatiques (ahwâl). 

Il est appelé samaâ pour son caractère psalmodique non instrumental, par opposition à la nouba andalouse appellée aussi al ala (l'instrument), cependant le samaâ suis les grandes tradition de la nouba andalouse. Il s'agit donc d'une tradition de concert mystique, d'écoute spirituelle de musique et de chants dans une forme plus ou moins ritualisée. Cette expérience musicale extatique, c’est le mystique persan Jalal Ud Din Rumi (Mevlana) qui dès le XIIIe siècle initia et encouragea cette pratique.

La soirée de Samâa (ou Lila) relève du rituel. Elle commence par des séances de fumigation par le bois de Santal et la lecture de la Fatiha (première Sourate du Coran) sous le signe de la sérénité et de la purification.

Cette pratique remonte à l’avènement de l’Islam en 622 (A.D.) et le prophète (P.S.) fût reçu lors de son exode de la Mecque à Médine par un chant à sa gloire qui est jusqu’à ce jour chanté dans tous les pays arabes (« La lune trône parmi nous » ou Talaâ el badrou aleyna).  Le concert se déroule sous la direction d’un maître spirituel, le cheikh, et le chant solo est exécuté par le qawwal, celui-ci est choisi par la beauté de sa voix. Les fidèles écoutent ce concert, assis et se laissent peu à peu prendre par la transe.

Les instruments de musique utilisés sont le tambour sur cadre et la flûte oblique. Au cours de l'histoire d’autres instruments ont été utilisé. A ce propos au Maroc Mohamed-Ben-Al-Madani Guennoun (mort en 1885) au nom d ’ une conception stricte de la "shari ’ a", avait menée une campagne contre le "sama ’ " (utilisation des instruments de musique à des fins culturelles) dans les réunions des confréries mystiques.

Le groupe de Samâa se compose généralement de 8 à 40 personnes, qui ont été initiées et formées à ces chants dans des confréries telles Issaoua ou encore hmadcha...

De nombreux courants ont influencé le Samâa, on peut citer par exemple: - les confréries soufies qui ont également pour but d’emprunter des voies religieuses et ésotériques en vue de prier Dieu, - l’influence arabo-andalouse suite à l’arrivée des Arabes d’Espagne après la chute de Grenade en 1492. Le sens même du terme sama' suggère que c'est bien ici l'écoute qui est spirituelle, sans que la musique ou la poésie aient forcément un caractère sacré. L'audition peu d'ailleurs porter sur tout son, naturel, artificiel, ou artistique, insi que les sons "subtils" du monde caché ou du cosmos. Dans son sens éminent, l'audition est synonyme d'entendement, c'est à dire compréhension et acceptation de l'appel divin, ce qui peut aller jusqu'à l'extase, le ravissement, le dévoilement des mystères. (Jean During, chercheur au CNRS,ethnomusicologue français) dans la présentation de son ouvrage Musique et extase : L'Audition mystique dans la tradition Soufi.

La philosophie soufie, en effet, bien plus que de tolérer la musique, s’en servait pour chercher l’union avec Dieu. Cette mystique musicale va, petit à petit, se ritualiser et devenir séance ou cérémonie sacrée englobant d’autres rites. Le dhikr, par exemple, peut être un point culminant du sama dans la plupart des confréries, point culminant qui, selon les lieux et les croyances, s’appelle parfois aussi hadra (assistance), imara (plénitude) ou halqa. (cercle).



Notes et références

  1. Le soufisme (تصوف}} [tassawwuf]) est un mouvement de spiritualité de l'islam, désigné par le mot "tassawuf", lequel est rendu par "soufisme" en français. Les soufis se regroupent en confréries, dont les premières sont nées en terre chiite, sous l'impulsion de Rumi, au XIIème siècle de l'ère chrétienne. Tout en demeurant attachée à la loi islamique, le mysticisme musulman ou soufisme vise une approche sensitive et charnelle de la foi à travers une méthode théorique et pratique enseignée par des maîtres pour vivre l’expérimentation de l’union avec Dieu au cours de la vie terrestre.


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