Choubeïla Rached, (en arabe : شبيلة راشد), née Fatma Abbès[1], le 20 août 1933 à Tunis[2] - décédée le 9 avril 2008 à Tunis, fut une chanteuse tunisienne de malouf considérée comme un véritable symbole de la chanson tunisienne. Dotée d'une voix puissante[3], elle figure parmi les rares chanteuses tunisiennes qui utilisent bien les nuances. Elle compte en tout une quarantaine de chansons enregistrées à son actif dont certaines comme Foug Esh-shajra sont connues par tous les tunisiens, et dans toutes les tranches d'âges.
Chanteuse majeure, elle avait contribué, grâce à la qualité de ses interprétations, à l'émergence d'oeuvres musicales qui ont enrichi le répertoire musical tunisien contemporain. Elle a traité avec des compositeurs exceptionnels, comme le Cheikh Khemaïs Tarnane et du musicologue Salah El Mahdi.
Elle a participé à plusieurs manifestations culturelles hors des frontières tunisiennes, contribuant ainsi à faire connaitre le cachet musical tunisien.
Jouant de malchances, elle n'a jamais eu le mérite et le respect qu'on lui devait.
Biographie et évolution musicale
Sa carrière démarre en 1951 dans le cadre de La Rachidia où elle est vite surnommée « Choubeila Rached»[4]. En 1953, elle épouse Ali Ameur, commerçant à Bab Souika et parolier, qui met brutalement fin à la carrière de sa nouvelle épouse en exigeant qu'elle reste à la maison où elle met au monde huit enfants (quatre garçons et quatre filles).
Toutefois, après une période d'inactivité de 17 ans, Choubeïla Rached qui s'est séparée de son mari, revient sur scène en 1972 et reprend, notamment grâce à Abdelhamid Ben Algia, Noureddine El Fitni (chef du service de la musique à la RTT) et Najoua Ikram, ses activités artistiques et reprend sa carrière en main durant les dix dernières années de son existance grâce aux conseils prodigués par Abdelhamid Ben Algia(2) dont on retient sa participation à la réhabilitation de plusieurs chansons issues du patrimoine tunisien.
Elle contribue, grâce à la qualité de ses interprétations, à l'émergence
de plusieurs œuvres musicales qui ont enrichi le répertoire musical tunisien contemporain, notamment grâce aux compositions de KhemaïsTarnanenotamment Inti yalli baïda alaya sur des texte de
Belhacen Ben Chedly et Salah El Mahdi[5][2].
Elle interprétait les istikhbâr-s (l'équivalent des maouâl-s : cette forme relève de l’improvisation vocale individuelle sur des poèmes en arabe dialectal.) qu'on trouve dans la version de Frag Ghzâlî, enregistré par Saliha[6]. FragGhzâlî est sous la forme musicale appelée Foundou très présent dans le terroir musical du pays.
Elle chante très souvent un enchaînement des chansons dans cet ordre là : Dhayiaa Fikri, OrdhouniZouz Sbaya, Ah Wadaouni, Charg Ghda Bizzayin et finit par Khali Baddalni. Son répertoire est apprécié car il mène l'auditeur à la danse où vers l'état d'extase.
Dans les évènements plus officiels, elle chante des chansons plus lentes au points de vue rythmique et avec des formes musicales un peu plus élaborées : Charaa El Hobb, Ya Layimi, Foug Ech-chajra.
Son répertoire musical, fut à maintes reprises critiqué pour avoir repris le répertoire de sa mère Saliha qu'elle exécutait par ailleurs avec brio[7].
Quelques années avant son décès, elle avait enregistré un album subventionné par le ministère de la culture en Tunisie, mais assez décevant car les chansons ne lui convenaient pas car inappropriées à sa tessiture vocale et n'exploitant pas réellement ses vraies capacités vocales.
Choubeila Rached marqua un refus catégorique pour que l'on tourne un film documentaire subventionné sur la biographie de sa mère Saliha pour des raisons probables de vie privée.
Récompensée tardivement dans sa vie
Le Président de la république tunisienne Zine el-Abidine Ben Ali pour des besoins de propagande l'a décoré des insignes de l'Ordre du mérite national, au titre du secteur culturel[5]. Toutefois, il est à noter que de son vivant, elle n'a jamais obtenu la moindre reconnaissance nationale ou les appuis nationaux et de bénéficier de la promotion qu'elle méritait. Elle dut achever sa carrière musicale dans les fêtes privées comme les fêtes de mariages ou familiales pour survivre au quotidien. Il est souvent coutume de mentionner abusivement les bienfaits de son président à titre de propagande.
Une soirée musicale tunisienne a été organisée en juillet 2005 au Centre culturel international de Hammamet par le ministère du Tourisme, et le ministère de la Culture et de la sauvegarde du patrimoine en collaboration avec l'ambassade d'Italie à Tunis, dans le cadre des journées culturelles musicales tuniso-italiennes. Avec SoniaM'Barek, elle a pris part à cette soirée qui a été animée par la troupe de l'école de la Rachidia sous la houlette du maestro Abdelhamid Ben Algia qui décèdera l'année suivante. Cette soirée a été marquée par une grande affluence de mélomanes parmi les Tunisiens et la communauté italienne en Tunisie.
Elle fut aussi l'invitée en 2007, d'une une émission télévisée diffusée sur Hannibal TV.
Le violoniste et compositeur Jasser Haj Youssef, qui a bien suivi sa carrière musicale depuis son enfance est fort affecté par sa disparition et a l'intention de lui rendre un vibrant hommage
Elle décède le 9 avril 2008 à l'hôpital militaire de Tunis. Elle est
inhumée le 10 avril au cimetière du Djellaz[2]. Pendant toute sa vie Choubeila a confié à la Tunisie la singularité de son chant et les jolies tonalités de "tounsi" qui a immortalisé
son répertoire séducteur.
Références
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