Houcine Slaoui (
حسين السلاو) de son vrai nom Houcine Ben Bouchaïb est un chanteur et un compositeur qui a marqué l'histoire de la chanson populaire marocaine. Il est né aux alentours de 1918[1]
dans la médina de Salé. Il meurt à l'âge de 30 ans en 1951. Son surnom “Slaoui” est inspiré de sa ville natale de Salé. Depuis son enfance, il a toujours eu un style personnel, très
réaliste.
Ces satanés américains ont poussé les femmes à la liberté et à la débauche, faisant quitter maris et foyers
(auteur-compositeur H.Slaoui : prod. Club du disque arabe)
Il figure comme l'un des principaux artisans de la la chanson populaire au Maroc qu'on appelait pas encore chaâbi. Slaoui est le premier à introduire des instruments de musique modernes bien avant Mohammed Abdel Wahab : Les instruments occidentaux tels que le piano, l'accordéon, la clarinette étaient des instruments de musique révolutionnaires pour l'époque[3]...Il fut également un ami de Cheikh el Hasnaoui considéré aussi comme une figure de proue du chaâbi et un symbole de l’Algérie réconciliée avec ses identités[4].
Biographie
On le voit souvent dans les halqas[6] de Salé, dirigées par les maâlems Moulay Bouih (fantaisiste) et Boujemaâ El Ferrouj. Ce dernier, dont Houcine, fasciné, reçoit l'enseignement, chante les thèmes de la vie courante du Maroc : les privations économiques, l'occupation française, la vie des citadins comparés à celle des paysans, les problèmes familiaux, du commerce... Les halqas, c'est la vraie passion du jeune Houcine. Il passe des heures à les admirer, portant peu d'intérêt pour l'école coranique, jouissant d'une incroyable insouciance jusqu'à ce que sa mère, inquiète, se mette à sa recherche, d'autant plus qu'en ces temps troublés du protectorat, l'insécurité régnait dans les rues, et que le jeune garçon errait jusqu'à la tombée de la nuit. Un jour, alors qu'elle le cherche, affolée, depuis de longues heures, elle le trouve près des tombes du cimetière de Salé, jouant tranquillement d'un instrument à corde de sa fabrication : un tarro (bidon rudimentaire) doté de câbles métalliques de freins de bicyclette !
A l'âge de 14 ans, il s'installe à Paris et exerce le métier d'apprenti-tanneur.
A l'âge de 12 ans, dans les années 30, Houcine obtient un succès phénoménal lors de ses représentations musicales et dans ces fameux concerts en plein air. L'adolescent se lasse des récriminations de sa mère qui lui impose un avenir professionnel dont il ne veut pas. Il quitte donc la maison familiale pour poursuivre sa vocation de musicien itinérants, à l'instar des troubadours et trouvère en Occident.
Au cours de ses pérégrinations, le jeune Houcine se rend à Casablanca, où il donne sa halqa près du mausolée de Sidi Belyout[7] et se produit à Meknès près de Bab Mansour el Aleuj. Partout, il récolte un franc succès auprès de son public qui apprécient son jeu musical, les thèmes de ses chansons.
A l'âge de 14 ans, il s'installe à Paris et exerce le métier d'apprenti-tanneur.Il monte ensuite à Paris où la «
chanson de l'exil » pousse ses premiers cris et fraternise avec ses frères maghrébins comme le Tunisien Mohamed Jamoussi ou
l'Algérien Missoum.
A 20 ans, il commence à composer sa propre musique et à écrire ses propres textes. Pendant sa carrière, il aborde tous les sujets de société : la corruption qui sévissait pendant la famine
des années 40, l'amour et le désamour (Yamna), le caractère de ses compatriotes (hdi rassek lay fouzou bik el qoumane ya flane)...Houcine Slaoui développe un talent incontestable en pointant
subtilement du doigt là où ça fait mal. On lui doit aussi l'immortelle Dakhlat l'marikane, racontant avec humour le débarquement en 1942 des troupes militaires américaines au
Maroc[8].
Ce précurseur de la World music se lie d'amitié avec un pianiste Français de Casablanca et débarque à Paris juste après la seconde guerre mondiale et signe un contrat avec le puissant label discographique "Pathé Marconi" avec qui il enregistre une trentaine de chansons et sketchs[9]. Grâce à la diffusion de ces enregistrements sonores, sa voix devient célèbre au Maghreb et lui assure une pérennité. Il n'en était pas ainsi pour beaucoup de ses contemporains comme le talentueux Boujem'a al Farrouj, un chanteur réputé, mais dont on ne dispose d'aucun témoignage sonore ou visuel. Il avait adopté un style éclectique dans son traitement des gammes, rythmes et styles marocains; il cherchait comme tout "hlayqi" (chanteur ambulant de la halqa) à satisfaire tous les goûts et choisissait de chanter "à la manière de..." en intégrant tous les genres régionaux dans un moulage tout personnel.
Il utilisa, de ce fait, un nombre important de gammes et de rythmes marocains mais également des modes de la chanson arabe d'Orient, qu'il stylisait et conditionnait par le rythme et les paroles en arabe dialectal du pays. Dans ce sens, son style musical peut être considéré comme un intermédiaire entre la chanson populaire folklorique "ahâzîj" et le style plus élaboré de la chanson dite "moderne".
Le lien que Slaoui entretenait avec une thématique populaire imposait des limites à sa mélodie et à ses choix en matière de composition; pourtant il conférait à celle-ci une touche de vivacité et de vigueur; sa chanson était monothématique et procédait à des répétitions dont ne se lassaient jamais les auditeurs de par la richesse de la variété tonale que devaient comporter le texte poétique et sa prosodie.
La misère, le thème favori de Slaoui
Slaoui était le témoin d'une époque mouvementée et d'une génération qui a vécu les affres de la Seconde Guerre
mondiale et du colonialisme français: mobilisation des forces vives pour les fronts européens, disette et rationnement dans tout le territoire chérifien, bouleversement des habitudes et
changement de mœurs consécutifs au contact brutal avec les populations occidentales; repris dans les deux célèbres chansons "Hdi Rassek" (faites attention!) et l'humoristique "Al
Mirikan" (les Américains) qui a été repris par bien des chanteurs. Nombreux couplets de chansons populaires font directement référence à l'époque de “Aâm l'boun”.
Certains poèmes racontent comment les tribus de Smâala et de Bni Khirane, dans la région des Doukkala, se débrouillaient pour fabriquer leur propre détergent. D'autres expriment la rareté et le
prix excessif des textiles. Les Nass El Ghiwane, ceux que Martin Scorsese a appelé "Les Rolling Stones de l'Afrique" évoque
dans l'une de leurs chansons, Aâm ajjouaâ (littéralement, l'année de la faim), cet épisode est parfois décrit comme “Aâm lalimane (l'année de l'Allemagne)”, évoquant les morts enterrés à
la hâte sans linceul, les mariées qui n'ont rien à porter et les réquisitions abusives de cheptel... Mais c'est sans aucun doute Houcine Slaoui, artiste iconoclaste qui a composé la chanson qui
brosse un portrait fidèle de la vie citadine des années 40. Son air à succès (“H'di rassek”,“Prends garde”) résume à lui seul la misère[10] et les discriminations qui ont caractérisé cette époque. Une légende dit que Houcine Slaoui aurait été empoisonné ou suicidé[11].
Postérité
Initiateur des premières formes modernes dans la musique marocaine, Hocine Slaoui hante les nuits orientales parisiennes. En 1980, une nouvelle génération d'interprètes revendique son héritage.
Discographie
Aîta Bedaouia
Hdi Rassak
Ya Amina
El American
El Kahla
El Kass Hlou
N'zaha
Dak Babaq
Smra
Sania Oul Bir
Tanja
Lalla Ilali
Smra2
Smr
Alia
Hahoua Tani
Errada Errada
Mouja Ghani
Ya Ghrib Lik Allah
El Haïlat
Notes et références de l'article
↑ Ahmed Chawqi fait découvrir à Mohammed Abdel Wahab le répertoire symphonique occidental (cf. entre autres, sa chanson "J'aime la liberté" qui débute par des notes empruntées à Beethoven.
↑ Seuls les guembris et autres bendirs et ouds étaient les instruments de musique de prédilection pour la musique marocaine.
↑ Hasnaoui alterne dans ses composition l'arabe dialectal et le tamazight
↑ Houcine Slaoui est comparé à l'un de ses contemporains égyptiens, Sayed Darwish, notamment pour sa propension à raconter, avec talent, les bonheurs et malheurs de son peuple.
↑ les halqas sont des éléments de la culture orale populaire ancienne, qui peut être comparé au théâtres de plein air qui font partie intégrante du patrimoine national au Maghreb. Jadis dans les souks, les « diseurs » annonçaient une nouvelle, un évènement...Ceux qui entendaient sa voix se dirigeaient vers lui pour mieux écouter. D'emblée ils formaient un cercle qui s'appelle halqa en arabe. Ce cercle permet ainsi de situer le diseur, qui est appelé officiellement le goual , au centre. Il devient le centripète de la narration. Mais c'est aussi le lieu ou se produit les charmeurs de serpent, les musiciens, les jongleurs,...
↑ A Sidi Belyout où s'érige actuellement un complexe culturel.
↑ Slaoui allait surtout être le témoin privilégié d'un épisode très peu commenté de l'histoire du Maroc contemporain. Sa chanson « Come on bye bye », probablement écrite en 1942 et enregistrée à Paris, narre par le menu le débarquement américain sur les plages marocaines, un des moments clés du dénouement de la Seconde guerre mondiale. Le 8 novembre 1942, les forces U.S composées de 9.000 hommes et de 65 chars, débarquent sur la plage de Mehdia pour s'emparer de la base aérienne de Kénitra. 19.000 hommes et 65 chars à Mohammédia ainsi que 6.500 hommes et 108 chars à Safi vont enserrer Casablanca. 172 avions embarqués sur des porte-avions fournissent l'appui aérien.
↑ Slaoui, héros romantique par Younés Alami in lejournal-hebdo.com.
↑ Slaoui y raconte avec réalisme les interminables files d'attente à la veille des fêtes religieuses pour avoir sa portion de "kettane", les bagarres et les disputes parmi les détenteurs de "l'boun", le sarcasme des épouses dont les maris reviennent à la maison le panier vide, les escroqueries du marché noir, etc.
↑ Slaoui, héros romantique par Younés Alami in lejournal-hebdo.com.
↑ Dahia Farah décédée en 1984 et fut une pionnière de la chanson kabyle de l'immigration et l'épouse de l'artiste-plasticien Mohamed Temman.
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