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Larbi Ben Sari, doyen de la musique arabo-andalouse de Tlemcen

Larbi Ben Sari, doyen de la musique arabo-andalouse de Tlemcen

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Cheikh Hadj Larbi Ben Sari (1863-1964); musicien, compositeur algérien, pédagogue, figure emblématique, il fut le doyen de la musique arabo-andalouse algérienne et présenté au premier plan du premier congrès de musique arabe du Caire en 1932. Il demeure une référence indéniable dans l'analyse de la sociologie de l'art musical produit à Tlemcen du fait même que sa technique pédagogique d'apprentissage et sa rigueur d'interprétation établit le rapport d'allégeance culturelle de Tlemcen vis-à-vis de Grenade.
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De gauche à droite : El Hadj Hamidou Djaïdir au Târ ; Mahmoud fils de Larbi Bensari à la flute ; Bachir Zerouki à la mandoline ; Cheikh Larbi Bensari au rebeb; kwitra et alto.
L'école de Tlemcen à laquelle il appartient influence de manière décisive l'évolution culturelle de l'Algérie en jouant un grand rôle dans la promotion du patrimoine musical du pays par la création de nombreux cercles et associations qui assurent l'enseignement et la conservation de  l'authenticité de la couleur traditionnelle de la musique classique algérienne. Il  s'est produit à Paris une première fois en 1900 à l'occasion de l' Exposition universelle Paris et  en 1926 lors de l'inauguration de la mosquée de Paris.  Il a toujours voyagé en (Europe, en Tunisie, au Maroc, en Syrie, en Turquie et dans bien d'autres coins du monde). «Comme nous constatons aujourd'hui que la musique andalouse est enseignée dans des écoles en Occident, nous avons tenté de montrer, à travers les différents témoignages d'hommes et de femmes du domaine et donc des spécialistes qui ont accepté d'intervenir dans le film, que ce grand maître était le précurseur d'un genre qui n'était pas prédestiné seulement à quelques cités du Maghreb», confiera M. Abdellatif M'rah, réalisateur connu pour des travaux audiovisuels en hommage à Cheikha Tetma, Cheikh Rédouane, Cheikh Ghafour (source).
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Larbi Bensari et son orchestre animant un mariage à Tlemcen (d'après Bachir Yellès)

 

Biographie et évolution musicale

L'artiste le plus en vue de l'école Tlemcenoise dite "gharnati" est né en 1863 dans une famille venue de la campagne.

A l'âge de quatorze ans, il eut le coup de foudre pour la musique dans le local d’un coiffeur, lorsque le maâlem se plaisait à empoigner au son du kouitra  pour entonner quelques noubas andalouses.

Il commença son métier de musicien avec le cheikh Boudhalfa. A la mort de ce dernier, il le remplaça tout naturellement à la direction de l'orchestre et rivalisa avec les plus grands maîtres de l'époque, les Bakhchi, Baghdadi, Triki, Maqnin, Bendali Yahya,  entre autres.

Plus tard, il aguérira la pratique et la maîtrise instrumentale du gnibri, violon,  mandoline et s’enrichira  des maîtres de musique comme Boudefla et Mekchiche. Il se liera progressivement  aux plus grands musiciens de son pays.

Repéré en 1929, par un directeur de la puissante firme discographique Gramophone, Cheikh Hadj Larbi Ben Sari fut le premier à enregistrer sur disque 78 tours.


En 1932, Hadj Larbi Ben Sari représenta la musique algérienne au premier congrès de musique arabe du Caire en Égypte où il fit entendre les œuvres de l'école de Tlemcen, inspirées, par la musique gharnati. Son fils cadet Redouane[1] qui avait intégré l’orchestre de son père avec une structure musicale regroupant les meilleurs musiciens de l'époque. Il  avait un autre fils, prénommé Mahmoud, qui, lui aussi, profita du talent de son père et se distingua comme un honorable artiste.

En 1934, lors d’un séjours à Tlemcen, Sadek Bédjaoui devient son élève et sa carrière prend un nouveau tournant puisque fut pour lui l’occasion de s’acquérir d’un répertoire Hawzi plus affirmé, mais aussi d’adopter un coup d’archet spécial, inspiré par celui du maestro au violon alto.

Mohamed Ben Teffahi, se lie d'amitié avec lui, qui, à son contact, enrichirent substantiellement son répertoire.

Son disciple, Abdelkrim Dali, apprendra à jouer différents instruments de musique avant de devenir un virtuose du oud et s'intègre à l'orchestre que dirige Larbi Ben Sari où il interprète les chansons d'Oum Kalsoum et de Mohammed Abdelwahab...Il en ira ainsi jusqu'à ce que Redouane, le fils du cheikh Larbi le remplace auprès de son père.

Bachir Zerrouki, fils de Dillali Zerrouki, un pianiste renommé qui accompagnait Cheikha Tetma. sera intégré à l’orchestre de la radio de Tlemcen lors de sa création en 1949, dirigé par Cheikh Hadj Larbi Ben Sari.

Sa carrière se poursuivit avec le même succès jusqu'en 1954, où il cessa de chanter pour des raisons personnelles. Il vécut dès lors au Maroc où, disait-on, l'on entendait sa voix de temps à autre, dans l'appel à la prière qu'il lançait en qualité de muezzin.

Il marque toute une époque de sa personnalité puissante et généreuse.

Aujourd’hui, Hadj Larbi Ben Sari est considéré comme « l’unificateur du répertoire de l'école musicale de Tlemcen qui porte son empreinte. ».  15 associations musicales ont vu le jour à Tlemcen et sa région qui assurent la transmission  de ce patrimoine andalou à la nouvelle génération.

L'une d'entre elle Ahbab Cheikh Larbi Bensari est originaire de Tlemcen depuis octobre 1987 est dirigée par Fewzi Kalfat. L'association a pour but la formation, la sauvegarde et le développement de cette musique.

 

Qaçidat "Ya lahnina" du Cheikh Larbi Ben Sari, écrite de sa propre main.



Bibliographie 

  • Musique arabe : le Congrès du Caire de 1932 (1992), Le Caire, CEDEJ, 1992, 310 p.
  • M.E. Hachelaf, Anthologie de la musique arabe, Edition Publisud, Alger 1982.
  • Achour Cheurfi, Dictionnaire des musiciens et interprètes algériens, ANEP, Alger, 1997
  • El Boudali Safir, Nostalgie Andalouse, Richesses de France: Tlemcen et sa région, no 18, 1er trimestre 1954

Notes et références de l'article

  1. ↑ Il faut aussi rappeler que le nom de Redouane figure dans les Nouvelles littéraires d’Henri de Montherlant qui, faisant une halte à Tlemcen en 1928, décrit une scène publique où un enfant vêtu de costume traditionnel et d’une coiffe turque entonnait un air émouvant de beauté, au milieu d’un orchestre de vétérans, et devant un public fasciné… «Une soirée à Tlemcen, ville de vieille culture arabe où, dans un café maure, le fils du cheikh Larbi, quatorze ans, chantait des chants andalous… Tout Tlemcen était là, les consommateurs coude à coude tant au dehors du café qu’à l’intérieur, le portefaix en haillons à côté des élégants Kouloughlis, et une foule massée dans l’avenue, qui n’avait pu trouver place. Redouane chanta d’abord le Goumri..., morceau célèbre dont l’assistance reprenait en chœur le leitmotiv. Puis il chanta les vieilles lamentations sur la perte du royaume de Grenade, les yeux clos sous sa chéchia bleu lavande qui lui touchait les sourcils, sa mandoline sur les genoux. Ce nom de Redouane signifie celui qui ouvre le paradis. Redouane les ouvrait en effet. Le miracle était indéniable… En face de moi, un adolescent avait le visage décomposé par l’émotion, ses larges yeux noyés, hors du temps et de l’espace. Je guettais le moment inévitable où ses pleurs allaient se former. Enfin, ils apparurent, sous les palmes des cils, les sources étincelantes des larmes… J’ai appris plus tard que le garçon qui pleurait était cordonnier…»

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