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Abderrahim Amrani Marrakchi, l'incontournable de la musique traditionnelle marocaine

Abderrahim Amrani Marrakchi, l'incontournable de la musique traditionnelle marocaine

Abderrahim Amrani Marrakchi (né en 1962 à Fès), surnommé Hamadcha de Fès, est un musicien, et maâlem hamdouchi. Il chante Dieu et la vie et se fait connâitre comme un brillant soufi et l’un des derniers chefs de groupe, « moqaddem », de la confrérie des Hamadcha.

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Son groupe est sollicité régulièrement par des festivals de musiques traditionnelles tant au Maroc qu’à l’étranger ou encore le 26 novembre 2008, à l'Unesco. Il est le fondateur de l'Association Mohammed el Fassi de tarab malhoune. Ces hommes comptent parmi les derniers soufis populaires du Maroc qui maintiennent et transmettent une culture vieille de plusieurs siècles mêlant dévotion, thérapie, danse et musique. 

 

Contexte musical


Aux côtés des Gnawas et des Aïssâwa, les Hamadcha appartiennent aux trois confréries soufies marocaines dites "populaires" les plus importantes du Royaume chérifien. Fondée par le Saint Sidi Ali Ben Hamdouch au XVIIéme siècle, cette confrérie s’est illustrée au cours de son histoire par l’originalité de son répertoire, ses danses envoûtantes et les qualités de transe-thérapeutes de ses membres.

Particularités musicales au Maghreb, leurs instruments, leurs modes rythmiques et mélodiques ne se rencontrent qu’au sein de la confrérie et sont d’une rare complexité. Une large partie du répertoire des Gnawas et des Aïssawas est directement empruntée aux Hamadchas sous la dénomination « el hamdouchiyya ». Cette musique étonnante est le support d’un rituel très ancien où se mêlent louanges au saint fondateur et séances de transe.

 


 

Le rituel des Hamadcha, à l’instar de celui des Gnawa, est un espace de thérapie. A ce titre les Hamadchas furent longtemps considérés comme des experts thérapeutes, sollicités au sein des familles pour leurs connaissances en « médecine de l’esprit ».

Comme toutes les confréries musulmanes, les Hamadchas se subdivisent en groupes distincts propres à chaque cité ou région. Les groupes sont affiliés à Sidi Ali Ben Hamdouch et à ses descendants. A l'occasion de leur moussem, ils se réunissent chaque année autour du tombeau du saint dans la région de Meknès.

Le moussem du saint Sidi Ali Ben Hamdouche, fondateur de la confrérie des Hamadcha, se tient chaque année, pendant une semaine, après les sept jours de la fête du Mawlid, qui célèbre la naissance du prophète Mahomet.

Biographie et évolution musicale

Sa vie est une mélodie qu'il raconte en musique et spiritualité. Difficile de le faire se rapporter à sa simple existence. Chaque détour de ses phrases est le prétexte heureux à citer un vers, fredonner un poème ou raconter une anecdote de la mémoire collective.

Amrani est un puit d'histoires et pas uniquement celles relatives à celles de la confrérie soufie des Hamadcha dont il s'impose localement comme le maâlem incontesté.  Il fait partie de ces détenteurs d'une mémoire vivante en voie d'extinction. De ses doigts, il bat la mesure sur la table, tire sur sa cigarette et regrette toute cette culture que « la seule tradition orale ne suffira pas à faire survivre la tradition séculaire ».

Abderrahim est né à Fès, précisément à Derb Mechmacha, le quartier des artistes au cœur de l'ancienne ville, avant d'être emmené par son oncle et sa tante à Constantine où il grandit. « Deux grands lieux de culture du Monde arabe », souligne-t-il. « J'habitais Souk El Assar, homa fennia, en face d'un grand maître de la musique arabo-andalouse, El Hadj Mohamed Tahar Fergani, et voilà comment j'ai passé mes 15 premières années bercé par cette musique dont je vis aujourd'hui ». L'oncle est un adepte de Malhoun. C'est auprès de lui qu'Abderrahim apprend sa première Qasida à l'âge de 4 ans, « un morceau écrit par le grand M'barek Soussi ».  Ce dernier était également connu comme un auteur du  XIXème siècle qui a donné des chansons érotiques très en vogue telle la populaire "youm EL Jemaa kharjou Ryam". A l'école primaire, Abderrahim suit avec assiduité les cours de musique, « obligatoires en Algérie et dont je déplore l'inexistence au Maroc ».

En 1978, à la mort de Boumediene, le pouvoir de la junte militaire algérienne se déclare de plus en plus menaçante. Est-ce la peur de n'être plus accepté en tant qu'étranger ou la conscience de ne pas être à la place qui est la sienne ? Qu'importe, Abderrahim rejoint sa ville de Fès natale. Il a 16 ans et l'école n'est plus l'objet de ses préoccupations. « C'est l'histoire algérienne que j'avais étudiée, moi ».  A cet âge, il assiste au côté de son père à sa première « Lila. Le destin en est scellé. Musicien tu es et musicien tu seras, au grand dam du patriarche qui voulait pour son unique fils un métier « qui fasse vivre et pas seulement rêver ».

Devant un tel refus, Abderrahim doit se faire seul.  Il visite les anciens, les conjure de lui apprendre l'art des musiques soufies, gratte le guembri et accompagne les différentes Taïfas. Il s'éduque aux autres Tarîqat,  Jilala, Aïssawa, Gnawa… , au Malhoun également, avant de pouvoir approcher celle de mes aïeux, Hamadcha étant la plus laborieuse rythmiquement ». Dix longues années d'initiation mystique et musicale avant de monter sa propre Taïfa en 1986. Et enfin la reconnaissance du père et du maître. « C'était à Essaouira, au Festival des Gnaoua . Les gens l'ont aidé à monter sur scène où il m'a félicité ».

Abderrahim Amrani vit et travaille actuellement à Fès où il demeure  l'incontournable interlocuteur de tout curieux des arts musicaux traditionnels ou des musiciens étrangers désireux d'apprendre ces rythmes séculaires.

Le Chef de la Taïfa Hamdouchiyya  dirige une maison de production le jour, écrit et chante la nuit. Entre les deux, chaque dimanche, il reçoit des enfants qu'il forme aux chants spirituels et conclut : « la musique est présente en chacun de nous. C'est le lieu où nous vivons qui la fait s'exprimer ».

Dans un Maroc en pleine modernisation où l’avenir des pratiques traditionnelles est chaque jour plus incertain, les Hamadchas, comme les autres confréries soufies, sont menacées.


 

The Hamadcha Brotherhood are one of the most popular of the Sufi Brotherhoods in Morocco, and while they are very strong in the areas around Fez, Zerhoun and Meknes, their popularity spreads across the country and beyond with followers in many other countries including America, France and even Australia and New Zealand.One of the highlights of the 2008 Fez Sacred Music Festival was when members of the Fez Hamadcha Sufi Brotherhood joined Ismael Lo on stage. Along with the Gnawa and the Aïssawa, the Hamadcha are one of the three most important so-called 'popular' Sufi brotherhoods in Morocco. The Hamadcha brotherhood was founded by Saint Sidi Ali Ben Hamdouch in the seventeenth century and has become famous through the originality of its repertoire, its spellbinding dances, and the trance-therapy skills of its members.



Abderrahim Marrakchi Amrani, is musician, teacher and master of the Hamadha sufi brotherhood. He sings God and life. He sings Sufi. His life is a melody and he tells to us in music. Difficult to make him speaking about his own existence. Each sentences is the happy pretext to quote a verse, to hum a poem or to tell a historical anecdote. Amrani is a well of stories and History. Not only about the Hamadcha sufi brotherhood which he's the local leader in the city of Fez in Morocco. He is one of those holders of a memory which dies. With his fingers, he beats the rhythm on the table, pulls on his cigarette and regrets the whole culture that "the only oral tradition is not enough to make survive." Abderrahim Amrani Marrakchi was born in Fez (Morocco), in Derb Mechmacha, the district of the artists, in the heart of the Old City before being taken by his uncle and his aunt in Constantine (Algeria), where he grew up. "Two major places of culture of the Arab world" he says. "I lived in the disctrict of Souk El Assar, homa fennia, in front of a great master of the Arabic-Andalusian music, Haj Mohamed Taher Fergani, and this is how I spent my first 15 years, rocked by this music which I saw today ». The uncle is a Malhoun fan. It was on his knees that Abderrahim learns his first songs and poetry, at the age of 4 years, "a song written by the great M'barek Soussi. At primary school, he attends music lessons, "compulsory in Algeria and that I regretted the absence in Morocco." In 1978, the death of president Boumediene, the power of the Algerian military junta is increasingly threatening. Is it the fear of being accepted as a foreigner in Algeria or the conscience not to be the place that is his own? Whatever, Abderrahim returned to his native city of Fez in Morocco. He was 16 and the school don't worried him anymore. "It was Algerian history that I had studied me!" At the same age he attends alongside his father at its first "Lilla", a trance ritual. The fate is sealed. Musician you are and musician you will be, to the dismay of the patriarch who wanted his only son for a job "that could make a living and not just dreaming." Faced with such a refusal, Abderrahim must be done alone. He visits the elders, urges him to learn the art of Sufi music, playing the guembri and accompanies various sufi bands (taïfas). He learns about the other mystical doctrines (tarîqat) and styles of spiritual North African music like "Jilala, Aïssawa, Gnawa...", "Malhoun too, before they can approach that of my ancestors, Hamadcha music being the most difficult rhythmically " Ten long years of initiation and mystical musical before mounting its own sufi band in 1986. And finally, the recognition of the father and master. "It was the Essaouira Gnawa Festival. People have helped to bring him on stage where he congratulated me. " Abderrahim Amrani is still living in Fez where he's the unavoidable interlocutor for everybody who wants to learn traditional music, arts & crafts, or foreign musicians eager to learn those old rhythms. The chief of the Taifa Hamdouchiyya works in the artistic direction of a local musical label, writes and sings the night. Between the two, every Sunday, he receives childrens who learns from him the spiritual songs. And Abderrahim concludes: "The music is present in all of us. This is the place where we live which makes a voice. " - Newspaper translated by Mehdi Nabti for Abderrahim Amrani

 

Avec Monsieur André Azoulay dans le cadre du festival de Malhoun d'Essaouira


Voir aussi



Sources

 

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Photo de Frédéric Calmès