Overblog
Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog
LNO

LNO

Menu
La Pasionaria des Droits humains marocains Ibtissame Lachgar et son ami ont finalement été libérés !

La Pasionaria des Droits humains marocains Ibtissame Lachgar et son ami ont finalement été libérés !

Ibtissam est détenue au commissariat central de Rabat depuis jeudi soir. Ses amis s'inquiètaient, car il n'y avait aucun moyen de communiquer avec elle ni d'avoir de ses nouvelles. Après cette arrestation arbitraire et des mauvais traitements, ils ont été finalement libérés.

Ibtissam est détenue au commissariat central de Rabat depuis jeudi soir. Ses amis s'inquiètaient, car il n'y avait aucun moyen de communiquer avec elle ni d'avoir de ses nouvelles. Après cette arrestation arbitraire et des mauvais traitements, ils ont été finalement libérés.

Plusieurs militants des droits de l'homme sont régulièrement emprisonnés et torturés dans les prisons marocaines, pour le simple fait d'être féministe affirmée ou de de défendre l'homosexualité. 

La militante est depuis des années dans le collimateur du régime marocain pour sa mobilisation en faveur de la liberté et de la démocratie, des valeurs bafouées au Maroc. Un régime qui rappelle à maints égards les sombres années de l'ère Pinochet au Chili et des multiples arrestations politiques à l'encontre des opposants du régime. Après avoir subi de mauvais traitements lors de sa garde à vue, elle a finalement été libérée ce samedi  septembre 2016. 

Qui est-elle et que le reproche-t-on ?

Ibtissam Lachgar , surnommée Ibtissam Betty Lachgar, née en août 1975 à Rabat, est une militante des droits de l'homme et féministe marocaine. Elle a co-fondé, avec Zineb El Rhazoui, le mouvement MALI, un mouvement alternatif pour défendre les libertés individuelles au Maroc. Elle est aussi l'une des premiers Marocains à assumer publiquement son athéisme. Ibtissam défend aussi la communauté lesbienne, gay, bisexuelle et transgenre (LGBT) au Maroc. Elle a participé plusieurs fois à la Marche des fiertés en Europe et à une manifestation avec le mouvement Femen  pour le droit au mariage homosexuel. Elle était alors la deuxième femme afro-arabe à se dénuder lors d'une manifestation publique, après l’Égyptienne Aliaa Magda Elmahd. Ibtissam Lachgar est aussi pro-choix, c'est-à-dire qu'elle est en faveur de la légalisation de l'avortement dans son pays. « Pour nous, cette cause est primordiale. Il faut accorder aux femmes le droit de disposer de leurs corps », En octobre 2013, elle co-organise un kiss-in à Rabat, pour protester contre l'arrestation des jeunes adolescents après avoir posté, sur Facebook, une photo d'eux en train de s'embrasser, à Nador. Le kiss-in a été très médiatisé, et a fait scandale dans le pays. Ibtissam a défendu le kiss-in en expliquant: « Pour nous le message est passé, c'est un succès. Il y a des couples et des célibataires, et les couples se sont embrassés en public. Notre message est qu'il y a des gens qui défendent l'amour, la liberté d'aimer et de s'embrasser librement. Ces gens-là étaient présents aujourd'hui ».

 

 

COMMUNIQUE du M.A.L.I.
ARRESTATION DE IBTISSAME LACHGAR ET ISMAEL BAKKAR

- La nuit de jeudi 8 à vendredi 9 septembre à 01 : 00 du matin, sur l’avenue Mohammed V à Rabat, une petite fille d’environ 5 ans se faufile entre les voitures pour vendre des mouchoirs en papier contre quelques dirhams. Ibtissame Lachgar et Ismaël Bakkar, qui raccompagnent alors une amie pour prendre un taxi, vont à sa rencontre, et lui demandent si elle est toute seule. La petite indique sa mère, assise sur le trottoir, avec une petite fille marchant à quatre pattes non loin d’elle. Les deux militant.e.s lui demandent ce que font des enfants de cet âge dans la rue à cette heure tardive, essayant de lui apporter des conseils. La mère réagit vivement à cette « intrusion dans sa vie privée » et un des passants, témoin de la scène conseille d’appeler la police, chose que lui-même fait.
- 1H30 Arrivée de la police et comme à leur habitude, les agents de police demandent d’abord s’ils ont bu. Les militant.e.s répondent que ce n’est pas la question et expliquent le litige. La police embarque la femme et ses enfants, ainsi que les deux militant.e.s.
- 1H45 Arrivés au Poste de Police de Hassan, 2e arrondissement, Ismaël se fait fouiller son téléphone, parce que la mère affirme qu’il a filmé la scène. Faux. La mère est « relâchée. » Les deux militant.e.s sont poussés violemment dans les escaliers.
- 2H15 Humiliations verbales, insultes (« mécréants », entre autres), incitations à la haine devant la cellule pour hommes (qui était ouverte). Ibtissame et Ismaël demandent la raison de cette arrestation. Aucune raison n’est donnée et à AUCUN MOMENT il n’est question d’état d’ivresse. Les insultes fusent de nouveau, les policiers commencent à évoquer les luttes menées par les deux militant.e.s. Le policier (Yassine) demande le sac d’Ibtissame, le téléphone et la montre d’Ismaël, sans explications. Ismaël demande un reçu. Le policier répond « Je viens de revenir de vacances passées en Espagne, si tu ne me donnes pas ta montre, je vais devoir utiliser la manière forte, et je pourrai prolonger mes vacances avec un certificat médical ». Refus d’Ismaël, qui donne son téléphone à Ibtissame. Deux autres policiers interviennent, le prennent par le jean et par les poignets, lui donnent des coups dans le ventre et les parties intimes. Ils arrachent sa montre et le font asseoir sur une chaise. Quelques gifles plus tard, Ismaël se sent mal, et le policier Yassine se met à déchirer sa propre chemise et à se rouler au sol en hurlant « appelez l’ambulance ! ». Ismaël est jeté en cellule.
- Aux environs de 3H Le téléphone d’Ibtissame sonne, elle l’avait caché (ainsi que celui d’Ismaël) dans ses sous-vêtements. Trois policiers l’allongent violemment sur un bureau, deux lui tiennent brusquement les bras (Ibtissame avait précisé qu’elle avait un bras handicapé), pendant que l’autre soulève sa robe et la fouille pour récupérer le téléphone dans la culotte en lui assenant un coup à la mâchoire. Elle est transportée en cellule, alors qu’un des policiers lui dit « on a finalement vu ta chatte, espèce de pute ».
- Les policiers amènent un détenu … devant la cellule des hommes (incarcéré car il défigurait des femmes au rasoir caché sous un niqab), lequel insulte Ismaël de « mécréant », arme blanche à la main qu’il cogne contre les barreaux, hurlant « je vais te tuer ». Les détenus prennent la défense d’Ismaël et bloquent la grille de la cellule, tandis que les policiers poussent l’homme armé afin de l’aider à entrer.
- A aucun moment lors des 48 heures de garde à vue, on ne les autorise à téléphoner.
- Les deux militant.e.s, et les autres déténu.e.s, ont passé la nuit dans des conditions déplorables et dégradantes, des WC exécrables, des matelas en mousse dans un piteux état, insectes, des couvertures sales, des insultes toutes les dix minutes, voire des violences physiques lorsque les détenu.e.s demandent d’aller aux toilettes).
- Vendredi- à 10h00, les gardé.e.s à vue pour état d’ivresse sont dirigé.e.s vers le tribunal sauf Ibtissame et Ismaël, ce qui démontre qu’il ne s’agissait pas d’une arrestation classique pour ivresse sur la voie publique comme le prétendaient les policiers. 
- Les gardé.e.s à vue n’ont ni à manger ni à boire. Ismaël a insisté afin d’avoir de la nourriture, il a par la suite fait une crise.
- 13H Les deux militants sont transférés au commissariat de Al-Irfane, et non pas comme les autres gardé.e.s à vue, arrêté.e.s en raison de leur « état d’ivresse ». (Lorsque des personnes sont arrêtées pour ce motif, celles-ci sont informées, passent 24 heures en cellule de dégrisement et ressortent donc le lendemain matin.)
- 17H Retour en garde à vue pour une 2e nuit dans les mêmes conditions dégradantes.
- Le lendemain – samedi- à 10h30, une fonctionnaire est arrivée, Ibtissame et Ismaël ont signé pour leur sortie et signé également afin de récupérer leurs objets. Les agents de police ne leur ont pas rendu leurs téléphones pour une raison que Ibtissame et Ismaël ignorent tandis que tous et toutes les gardé.e.s à vue ont récupéré le leur. Direction le tribunal.
Une fois devant le juge d’instruction, Ibtissame et Ismaël ont raconté les faits. Mais celui-ci a refusé de noter les violences subies malgré l’insistance de leur avocate Me El Gallaf.
Ibtissame et Ismaël ont été libéré.e.s vers 13 heures.

M.A.L.I. (Mouvement Alternatif pour les Libertés Individuelles) dénonce l’état déplorable des geôles ainsi que les conditions de détention et les violences relevant de traitements inhumains et dégradants.

M.A.L.I. fait part de son indignation face à l’arrestation arbitraire dont Ibtissame et Ismaël ont été victimes.

M.A.L.I. condamne fermement les graves violations des droits humains dont Ibtissame et Ismaël ont été victimes.

M.A.L.I. est scandalisée par la violence sexuelle et l’humiliation subies par Ibtissame.
La violence sexuelle est un CRIME dont l’auteur est inexcusable. 
M.A.L.I. appelle à une condamnation unanime du traitement sexiste et des violences faites aux femmes. M.A.L.I. et ses sympathisant.e.s sont mobilisé.e.s pour que des poursuites soient engagées contre le responsable de cette agression ainsi que ses complices.

Rabat, le 12 septembre 2016