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Bande annonce de la série documentaire Maroc, corps et âme de Izza Génini

Bande annonce de la série documentaire Maroc, corps et âme de Izza Génini

1 films sur les musiques du Maroc La réalisatrice Izza Genini ne cache pas son admiration pour la culture de son Maroc natal, sa grande passion pour le Maroc et ses musiques, elle la raconte en images. Elle a produit les films qui composent le coffret « Maroc, Corps et âmes » de 1987 à 1992 et les a édités en 2004 sous forme de cinq DVD : Transes marocaines – Danses et cadences marocaines – Fêtes et fantasias au Maroc – Racines judéos marocaines – Hazanout, Chants sacrés.

1 films sur les musiques du Maroc La réalisatrice Izza Genini ne cache pas son admiration pour la culture de son Maroc natal, sa grande passion pour le Maroc et ses musiques, elle la raconte en images. Elle a produit les films qui composent le coffret « Maroc, Corps et âmes » de 1987 à 1992 et les a édités en 2004 sous forme de cinq DVD : Transes marocaines – Danses et cadences marocaines – Fêtes et fantasias au Maroc – Racines judéos marocaines – Hazanout, Chants sacrés.

Première femme marocaine à avoir réalisé un film documentaire, Izza Genini, originaire de Casablanca, vit en France depuis le début des années soixante. Après avoir travaillé pour des festivals de cinéma, puis dirigé une salle de projection, elle fonde, en 1973, une société de distribution spécialisée dans la diffusion de films francophones en Afrique et de longs métrages africains à l’étranger. C’est à l’issue d’un concert donné à Paris par le groupe Nass El Ghiwane, qu’elle décide de produire le film Transes (1981) ; il sera réalisé par Ahmed El Maanouni. Après avoir redécouvert son pays, Izza Genini 1987 passe derrière la caméra avec le film Aïta. Elle réalisera et produira plus d’une vingtaine de documentaires, certains d’entre eux, se penchent sur les relations entre Juifs et Arabes, comme Retrouver Oulad Moumen, un parcours émouvant qui retrace l’histoire de sa famille judéo-marocaine, dispersée à travers le monde. Mais la plupart de ses films sont avant tout consacrés à la découverte du riche patrimoine musical de son pays ; ils font écho au croisement des cultures tamazight, arabe, juive, andalouse et celles d’Afrique noire. Avec des plans soignés, des commentaires sobres, des images cherchant toujours à replacer la musique dans son contexte, Izza Genini signe des films essentiels en nous plongeant au cœur même de ces rythmes que l’on entend lors des moussem, dans la rue, dans les maisons, les lieux de culte, lors de fantasias...

Pour souligner son travail et la sortie de Maroc, corps et âme, un coffret de DVD regroupant l’essentiel de son œuvre, nous avons décidé de présenter quelques-uns de ses films les plus marquants.

« La musique constitue une sorte de fil rouge qui s’étire tout le long de mon parcours professionnel. Les films que je distribuais en Afrique concernaient souvent la musique ; le premier long-métrage (Transes) que j’ai produit était musical. Quand je suis passée à la réalisation, j’ai aussitôt pensé à faire un film sur des chanteuses, les Cheikhates. Je n’ai pas de raisons délibérées de m’être tant intéressée à la musique, sinon que c’est une formidable source d’inspiration pour moi ; la preuve est que, encore aujourd’hui, je travaille sur Nûbas d’or et de lumière, un autre film musical. Les musiques du Maroc sont tellement riches et diversifiées que je n’ai jamais cessé d’être étonnée et de découvrir ; je suis toujours prête à craquer pour un nouveau genre ou une nouvelle voix.

Ce qui se produit lors des moussem (pélerinages) est fascinant, c’est un moment d’extraversion où il y a une grande liberté, des portes s’ouvrent momentanément. Dans Louanges, les hommes et les femmes dansent ensemble dans les rues, contrairement à ce qui se passe au sein des sanctuaires. Dans cet espace d’expression religieuse, la musique prend le dessus, il règne pendant dix jours une certaine tolérance et un esprit de liberté, ce qui n’est pas le moindre des paradoxes. Toujours dans ce film, la scène de transe est historique. Je voulais filmer le moussem uniquement sous l’angle musical sans penser au contenu spirituel, sociologique et ethnologique de l’événement. C’est une fois sur place qu’on a pris toute la dimension du lieu sacré et de ses interdits ; on ne peut pas y entrer n’importe comment. Pourtant, j’ai été servie par la providence : je travaille toujours avec deux équipes (l’une française, l’autre marocaine). Le gardien des lieux a autorisé les Marocains à filmer, sous réserve que je reste dans la partie réservée aux femmes. Nous avons filmé les membres de la confrérie soufi des Alamiyines lors de la kharma qui conduit les adeptes à l’extase et à la transe, c’est un document absolument unique, d’une force incroyable. J’ai mis beaucoup de temps à prendre conscience de la portée de ces images, elles m’ont beaucoup imprégnée.

Pour interpréter le matrûz, Juifs et Musulmans oublient querelles et dissensions pour se retrouver dans la même musique ; cette pratique commune est séculaire, sinon millénaire. Tous les orchestres ont donné des concerts avec des solistes juifs, comme on peut le voir dans Cantiques brodés. Depuis le départ des Juifs du Maroc, il existe une volonté politique de valoriser cette culture judéo-marocaine et de favoriser la coexistence des communautés juives et arabes. Les jeunes sont curieux, ils vont sur les traces des grands-parents. Mon film Retrouver Oulad Moumen a par exemple intéressé les jeunes générations qui n’avaient pourtant pas de liens avec le Maroc. Je crois qu’il est important de savoir d’où l’on vient et à quelle culture on appartient, quel que soit le pays où l’on vit. Quand j’étais enfant, des musiciens venaient jouer sous nos fenêtres pour obtenir quelques pièces, parmi eux il y avait souvent des Gnaouas. Je suis très sensible à ces rythmes qui me parlent de l’intérieur. Le tournage de Transes a été une véritable épreuve, il a marqué toute ma carrière. A l’époque, j’étais totalement ignorante des mécanismes de production, je distribuais des films en Afrique, dont Exodus avec Bob Marley, alors, j’ai voulu faire la même chose avec Nass El Ghiwane. Sans préparation, ni financement, nous les avons à Carthage, puis lors d’autres concerts. Le film, a eu une très belle carrière, dont un succès considérable au Maroc, il est devenu mythique. J’ai mis dix ans à m’en remettre. Récemment, au festival de Marrakech, Martin Sorsese en a vanté la beauté tout en expliquant qu’il se sentait lui-même dans un état de transe lors de la projection.

J’ai réalisé Tambours battants bien après les autres films et après avoir signé des documentaires qui n’étaient pas consacrés à la musique (La Route du Cédrat, Retrouver Oulad Moumen, Plaisir des yeux). Je me suis alors rendu compte que je reviens toujours à mes premiers sujets d’inspiration. Pour ce film, j’ai voulu poser cette question : quel est ce pouvoir mystérieux de la musique qui nous attire tant ?

La conception du coffret Maroc, corps et âme a constitué un travail de titan, il a fallu restaurer les copies, faire des télé-cinémas, et les numériser. Nous avons regroupé les films suivant des thèmes spécifiques qui montrent l’ampleur et la richesse de la diversité culturelle marocaine : Transes marocaines, Danses et cadences marocaines, Fêtes et fantasisa au Maroc, Racines judéo-marocaines, Chants sacrés. »

Propos recueillis par Yves Jézéquel, à Paris le 4 octobre 2006. Transcription Yves Jézéquel