
Historiquement, on désigne par Maures (en espagnol moros), différents peuples à des époques distinctes de l'Histoire. Mais,
dans l'Europe médiévale, les Maures étaient essentiellement les musulmans. Cette appellation dérive de l'ancien français d'un terme qui désignait à l'époque romaine les Berbères
d'Afrique du Nord, plus précisément, les Berbères de Maurétanie (actuel nord et est marocain et nord-ouest algérien) (Mauroi en grec, Mauri en latin) et qui est passé en
espagnol sous la forme Moros ou en breton sous la forme Morianed. Selon l'encyclopédie Universalis, le nom de Mauri passa dans la péninsule avec les
hommes et devint Moro, servant à désigner non seulement les Berbères mais aussi, à tort, les conquérants arabes.
Le terme pourrait découler probablement du mot Amuru qui en suméro-akkadien désigne les "hommes de l'ouest". Au Moyen
Orient on désignait l'ouest par Amuru, ainsi que le vent d'ouest. La Corse et la Sardaigne qui ont un drapeau dit à "Tête de Maure", font probablement partie des pays Amouru, ainsi que
les Hébreux, où "peuple" se dit amora dans leur langue...
Qui sont de nos jours les patronymes comme les Morel, Moureau, Amaury de France et de Navarre ?
Certain auteurs pensent qu'environ 150 000 Morisques trouvèrent refuge en France. Même si beaucoup repartirent ensuite pour le Maghreb
les autres restèrent et se fondirent peu à peu dans la population locale2. Henri IV rendit le 22 février 1610 une ordonnance permettant de demeurer dans le royaume à ceux qui « voulaient
faire profession de la religion catholique pourvu qu'ils s'établissent au-delà de la Garonne et de la Dordogne ». Même si par la suite Marie de Médicis ordonna qu'on les expulse, beaucoup
cependant sont restés dans le Béarn et notamment à Bayonne avec le consentement des magistrats municipaux. Des documents et des textes prouvent que de nombreux Morisques s'établirent en France.
Ainsi par exemple, deux familles de potiers s'installent à Biarritz, les Dalbarade et Silhouette, dont les fours fonctionnaient encore en 1838.
D'autre Morisques étaient installés en Guyenne en 1611, certains réfugiés au logis d'une dame de la ville « faisaient profession de la Secte de Mahumet». Il leur est enjoint de quitter la ville
ou de se convertir3,4. En 1614, il n'est pratiquement plus question de mesures générales contre les Morisques de Bordeaux, le cardinal de Sourdis, absorbé par ses fonctions maritimes détournant
son attention des Morisques et ceux qui avaient fini par se faire accepter à Bordeaux se mêlèrent peut-être à la colonie portuguaise de la cité. En 1636, ils avaient à Bordeaux une situation
suffisamment prospère que les autorités locales craignirent de les voir partir si les Espagnols qui venaient de s'emparer de Saint-Jean-de-Luz assaillaient Bordeaux, ville non armée. Tous ceux
qui avaient un métier étaient restés : maréchaux, potiers, négotiants, etc. L'un d'entre eux, un métis du nom d'Alonzo Lopez, prit même quelque notoriété et mourut à Paris en 1649 après avoir
réussi à travailler, sous les ordres directs de Richelieu, à la renaissance de la marine française, et être allé, dans ce but plusieurs fois en Hollande. Quelques années avant que Lopez ne
disparut on ne parlait déjà plus en France des Morisques, « ceux qui s'y étaient acclimatés s'étaient mêlés à la population et vivaient paisibles dans le royaume. Leur départ avait appauvri
l'Espagne et nous avions hérité de quelques éléments de population active et laborieuse». Voltaire a évoqué l'établissement de ces familles morisques dans son Essais sur les moeurs.
Aujourd'hui, le terme Maure fait plutôt référence à l'ensemble d'une population partageant des traits communs. Ils vivent principalement
au Maroc, au Sahara Occidental, en Mauritanie mais aussi au nord du Sénégal, à l'ouest d'Algérie et à l'ouest du Mali.
Vers la fin du 15e siècle, pour protéger la prétendue pureté de la foi chrétienne, les Marranos d'Espagne (nom de mépris et très
péjoratif donné par les chrétiens aux juifs convertis de force en Espagne et au Portugal ), puis fait subir un joug identique aux Moriscos (Maures baptisés) qui, furent mis sous la
surveillance de l'Inquisition espagnole. Persécutés de nombreux moriscos furent mis à mort. L'Inquisition, le
même sera réservé aux mystiques, aux "illuminés" (Thérèse d'Avila et Ignace de Loyola sont inquiétés), aux fidèles suspects de pactiser avec les idées de la Réforme protestante,
puis à la déviance religieuse, en passant à la déviance tout court. L'Inquisition punit la fornication, l'inceste, la sodomie, la bigamie, ...
Islamophobie avant le
terme
L'islamophobie s'exprime par l'art chrétien. Claudio Lange, un photographe d'origine chilienne photographie les
sculptures romanes des édifices religieux qui jalonnent le chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Et cherche à comprendre pourquoi elles représentent souvent des figures pornographiques.
L'histoire ressemble à un roman policier et commence dans un monastère roman du chemin de Saint-Jacques-de-Compostelle. Que viennent faire là, et dans d'autres cloîtres et églises de la même
époque, les sculptures pornographiques qu'un oeil exercé peut découvrir sans trop de peine sur les tympans, corniches et chapiteaux ?
L'artiste a étudié cette statuaire depuis 1989, interprète ces représentations incroyablement obscènes comme une forme de propagande anti-islamique développée par l'Église catholique pour
justifier les croisades. Les personnages sont représentés avec les caractéristiques des musulmans : ils ont une main posée sur la poitrine en signe de salut ou les deux mains à hauteur des
oreilles pour le début de la prière, sont coiffés d'un turban ou portent la barbe. Par ailleurs, ils exhibent des organes sexuels surdimensionnés, copulent, se masturbent, boivent, se
prostituent... Tout un langage de propagande religieuse faite au nom de la chrétienté destiné à attiser la haine des chrétiens : L'ennemi mis à nu
Islam in Kathedralen / geisselung_colmar : Antiislamische Propaganda in der romanischen Skulptur
Fotos von Claudio Lange, Berlin
Les Morisques (de l'espagnol Morisco) étaient d'abord des musulmans d'Espagne convertis de force au catholicisme à la
suite des édits de conversion de 1502. Ils constituaient une minorité importante dans le Levant espagnol, la vallée de l'Èbre et l'Andalousie. Déportés, ils trouvent refuge principalement au
Maroc (Rabat, Fès, Tétouan) mais aussi en France, en Italie, en Turquie. Des communautés émigrèrent en Syrie, à Istanbul et même un temps en Toscane.
Je vous propose à ce sujet un article intéressant fruit des
recherches de J. et C. Penella. Elle est issue de la thèse de doctorat Los moriscos españoles emigrados al norte de Africa, después de la expulsión publié dans un article du blog
Andalousiate : Les migrations des derniers andalous en
Afrique du Nord
Bibliographie
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Caro Baroja, J. Los moriscos del Reino de Granada. Ensayo de historia social. Istmo.
Madrid, 1976.
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Domínguez Ortiz, A. y Vincent, B. Historia de los moriscos. Vida y tragedia de una
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Marañón, G. Expulsión y Diáspora de los Moriscos Españoles. Ed. Taurus. Fundación Gregorio
Marañón 2004.
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Feijoo, R. Corsarios berberiscos. Ed. Carroggio / Belacqva. Barcelona
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Gallego Burín, A. y Gámir Sandoval, A. Los moriscos del Reino de Granada según el sínodo de
Guadix de 1554. Universidad de Granada, 1996 (facsímil de la edición de 1968).
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García Pedraza, Amalia. Actitudes ante la muerte en la Granada del siglo XVI. Los moriscos que
quisieron salvarse. Universidad de Granada, 2002.
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Perceval, J.M. Todos son uno. Arquetipos, xenofobia y racismo. La imagen del morisco en la
Monarquía Española durante los siglos XVI y XVII. Instituto de Estudios Almerienses. Almería, 1997.
Histoire des Morisques (archive d'une page d'anciens élèves de
l'École normale supérieure).
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